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Rencontre avec Ole Jorgen Hammeken, comédien dans « Le voyage d’Inuk »

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Ole Jorgen Hammeken, de passage à Paris, a accepté de me parler de son rôle dans « Le voyage d’Inuk », ainsi que de son pays : le Groenland. Une rencontre émouvante qui prouve, si besoin était, que la différence de langue maternelle n’entrave en rien le plaisir de l’échange.

Entretien traduit de l’anglais par Frédérik Lewis.

Comment êtes-vous arrivé dans le projet ?

Merci beaucoup tout d’abord. C’est sympa d’être ici à Paris.
L’engagement pour ce film remonte à quelques années. Début 2001. À ce moment, Mike Magidson [le réalisateur du film, ndlr]  faisait un documentaire sur le Groenland et cela s’était bien passé. Il en a fait un deuxième. On a gardé contact et on a commencé à parler de faire un film. Je me disais : « mon dieu, ils n’arrêtent pas de parler ces Européens !». Et puis un jour Mike a appelé, il était sérieux sur le fait qu’il allait venir et faire le film. Alors un jour, au printemps 2008, je me tenais là avec une équipe de cinéma française, et nous avons commencé le film comme ça !

Vous n’étiez pas censé tenir le rôle principal…

En fait Mike avait choisi un acteur, mais au moment de commencer le film il n’a plus voulu jouer le rôle. C’était un problème… Ils ont essayé de le convaincre, mais il ne voulait pas. Puis soudainement, ils m’ont regardé et m’ont demandé : « Tu ne voudrais pas le remplacer ? ». Alors j’ai dit : « Non. Certainement pas ». Alors l’équipe a commencé à me dire : « Essaye, au moins » et j’ai encore dit « Non ». Ils ont même fait appel à ma femme, mais j’ai dit « Non » quand même ! En fait, cela a pris quelques jours pour que je sois convaincu.

Était-il important d’avoir une bonne relation avec le metteur en scène ?

Je connaissais Mike très bien. Je lui faisais confiance : il me disait que c’était un rôle facile. Peut-être que ce n’était pas la vérité. Je me suis dit, « essayons ! »… Mais je voudrais dire que c’est intéressant de plusieurs points de vue pour le Groenland et pour la France parce qu’il y a toujours eu un gros intérêt pour le Groenland en France, et c’est bien pour moi personnellement de faire partie du film avec une équipe française. Et j’ai de bons amis ici.

Mike nous a confié que son rêve était de voir ses acteurs aller à Cannes, monter les marches… Est-ce votre rêve également ?

Cannes est célèbre au Groenland.  Ce serait bien sûr fabuleux, mais je n’y pense pas. J’ai d’autres choses importantes à faire jusqu’à mai. D’ici là, il faut que je rentre chez moi, entraîner mes chiens pour que nous puissions faire du traîneau. Des choses importantes se passeront plus tard au printemps. C’est sympa d’être à Paris, mais j’ai hâte de rentrer pour l’entraînement des chiens !

 


 

Était-il important pour vous de jouer dans un film où il n’y avait pas de clichés sur votre pays ?

Pour moi, ce n’est pas très important. Les clichés sont des clichés qui ne me heurtent pas. Mais bien sûr, je voudrais que le Groenland soit présenté de façon correcte en France, et peut-être que ce film montrera un autre aspect du Groenland. Il n’y a pas que la neige et les chiens de traîneau. Il y a aussi le Groenland moderne. C’est à la fois bien et pas bien. Je crois que ce film montrera l’image d’un Groenland moderne.

J’ai pu voir quelques images du film. Ça donne envie d’aller visiter votre pays !

Le Groenland est sur le devant de la scène avec ce qui se passe autour du réchauffement climatique. En ce moment au Groenland il fait -5° alors qu’il devrait faire -30°. Alors au Groenland, le réchauffement climatique, c’est pour de vrai. J’ai lu que ce devrait être l’une des 10 destinations les plus intéressantes à visiter en 2009. Beaucoup d’hommes politiques du monde entier viennent au Groenland voir ce qui se passe. Mais, en même temps, nous devons faire attention. Nous avons notre propre culture et  nous ne devons pas trop nous « mondialiser ». Bien sur, nous ne pouvons plus vivre comme au bon vieux temps des Esquimaux, mais les racines sont très importantes.

Comment cela s’est-il passé avec les autres comédiens, qui sont de vrais chasseurs?

C’était très dur pour moi. Je suis du sud du Groenland, de la capitale Nuuk où il n’y a pas de chiens de traîneau. Alors je n’ai pas été éduqué avec le dressage des chiens, je ne suis pas un bon dresseur de chiens ni un grand chasseur, mais j’ai vécu beaucoup d’années avec ces grands chasseurs. Ils m’ont beaucoup aidé. Il était très important de les avoir autour pour leur demander quoi faire, comment faire ceci ou cela.

Et avec Gaaba Petersen, qui interprète Inuk?

J’ai vraiment eu de la chance de connaître très bien Gaaba. Il a été quasiment comme notre enfant pendant de nombreuses années.  Il me connaît très bien et pouvait me faire confiance, se sentir à l’aise avec moi et cela a rendu la tâche plus facile. Gaaba peut être difficile des fois, mais quand nous étions ensemble, il n’y avait quasiment jamais de problème. Alors la combinaison qu’ils ont faite de Gaaba et moi était bonne !

Vous avez gardé des relations avec les autres comédiens du film?

Tous les chasseurs sont mes amis. Gaaba est quasiment mon enfant.  Cela sera très intéressant de voir comment ils vont réagir au film. Pendant que nous le faisions, nous avions un sentiment étrange… Probablement que les chasseurs pensaient que nous ne faisions que jouer. Certains pensaient probablement que ce que nous faisions était stupide. Alors maintenant que le film est fini, je voudrais bien voir leur réaction.

Vous avez déjà vu des extraits du film?

Oui, mais je n’ose pas trop en voir car je ne me sens pas encore à l’aise avec mon rôle.

 

 

Avec votre image ?

Non, pas avec mon image, mais parce que je pensais que je n’étais pas convaincant quand je jouais mon rôle. Mais ce n’est que mon sentiment.

Quel est votre meilleur souvenir de tournage ?

Le tournage, c’était quasiment une expédition et j’ai été très impressionné par l’équipe parce qu’ils ont dû penser à tout : les caméras, le son… Ils ont dormi dans les mêmes tentes que nous, et il faisait parfois très froid. Ils ont pu faire face. Et je pense que pour des personnes qui ne sont pas habituées à ces conditions, arriver à faire cela, bravo !

Et votre pire souvenir ?

Le pire souvenir, comme je n’aime pas être filmé ou même photographié, était au début du tournage, c’était vraiment difficile, mais je m’y suis habitué au fur et à mesure.

Et vous voudriez faire un autre film ?

Comme je l’ai déjà dit, je n’aime pas ça, nous sommes juste des amateurs. Maintenant, si Mike appelle, on verra. Mais seulement avec Mike… Je travaille avec d’autres réalisateurs pour des documentaires, c’est différent et moins difficile !


Merci à Mike Magidson pour avoir traduit mes questions…. et à Ole Jorgen Hammeken pour sa grande gentillesse.
Pour en savoir plus sur le film : http://www.inuk-lefilm.com


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