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Rencontre avec Antoine de Maximy

Article écrit par

Festival du film grolandais. Quend-plage. 21 septembre 2008. Antoine de Maximy répond à mes questions avec spontanéité, humour et gentillesse. Un réalisateur à l’image de son long métrage : drôle et attachant!

 

On a voulu filmer le moment de la rencontre car il me semble que c’est important pour toi.

C’est vrai.

Est-ce que pour ton film cela a été la même démarche que pour les séries (« J’irai dormir chez vous ») que tu fais pour France 5, c’est à dire filmer le moment de la rencontre, même si c’est un long métrage?

Oui. Je voulais avoir le moment de la rencontre parce que c’est …

[La rencontre se fait en extérieur. Il y a la mer en arrière plan mais aussi une sorte de générateur électrique… Quelqu’un demande si le transfo  n’est pas gênant.]

On est dans un pays civilisé c’est normal. Un truc pour lequel je me fais plaisir aussi bien sur le long métrage que sur la série, c’est de filmer le monde tel qu’il est. À savoir que quand il y a un beau paysage et qu’au milieu, et c’est souvent le cas, il y a des fils électriques, et bien il y a des fils électriques, c’est tout ; les gens le voient comme ça. Je vois pas pourquoi je ferais tout pour gommer les fils électriques. Donc aujourd’hui nous avons un transfo derrière…

 

 

Pourquoi un long-métrage aux États-Unis?

En fait il y a deux raisons. Les États-Unis méritaient un film plus long parce que c’est  un pays qui est tellement vaste qu’on se disait que c’était quand même un peu réducteur de faire 52 minutes, trois endroits choisis dans un pays aussi grand. C »est une raison. Et la deuxième raison c’est que c’est aussi le pays du cinéma et que l’on trouvait que c’était bien de lui rendre la pareille et de filmer aussi ce pays en cinéma. Mais ce qu’on n’a pas voulu faire – je dis « on », c’est la production Bonne Pioche et moi,  et puis aussi le monteur – donc ce qu’on voulait faire c’était la même chose qu’en télévision, à savoir qu’on voulait un vrai voyage, on voulait que cela nous emmène. Et ça m’a posé un certain nombre de problèmes supplémentaires qui étaient d’arriver à être capable de filmer – parce que je voyage quand même vraiment tout seul – même dans les moments où je me déplaçais. En fait j’ai eu une idée toute con, c’est d’acheter un petit caddie comme les mamies, sur lequel j’ai mis mon sac à dos. Alors ça fait pas très baroudeur mais je peux vous dire que c’est plus rationnel.

Oui c’est ce qu’on voit dans le film. Je croyais que c’était une valise sur roulettes.

Pas du tout. C’est un vrai sac à dos pour faire de la montagne. Et puis quand j’ai vu que je pouvais pas filmer et que je ratais plein de choses qui pour moi faisaient intégralement partie de ce Road Movie, je me suis dit qu’il fallait que je trouve une solution. La solution c’était ça : un petit caddie que tu traînes comme ça, c’est pas lourd c’est pas fatiguant, parce que quand je rencontre des gens et que je suis en train de faire du stop, faut bien voir que cela n’est pas une mise en scène, je suis pas en train de faire du stop pour une séquence de stop, je suis en train de me déplacer, tout seul, avec tous mes bagages, pour continuer cette traversée des États-Unis, et bien malgré ça, malgré que je sois tout seul, j’arrive à filmer des rencontres complètement improvisées.

Par rapport au fait d’avoir trois caméras, tu n’es pas vraiment seul…

Je ne me sens pas seul…

Il y a toujours quelque chose avec toi. Tu sais qu’à un moment donné ce sera diffusé, donc il y a quand même déjà un autre regard que le tien.

Complétement. Je dirais même que dans cette petite caméra qui est au bout de la tige et à laquelle je me confie parfois, il y a tous mes copains. C’est à mes copains que je parle. Je pense que cela fait partie de ce ton. Je ne suis pas un présentateur, ni un comédien, je suis un mec qui fait un voyage et qui livre ses impressions par moments, pas beaucoup dans le long métrage parce qu’on ne voulait pas faire la même chose, mais j’ai avec moi mes copains et ça m’aide énormément parce que quand j’ai une galère, quand j’ai ma courroie qui pète en plein milieu du Nouveau Mexique… au début t’es en train de rouler sur la route ça allait bien et d’un seul coup tu as plein de soucis, et bien le fait d’avoir tes copains et de garder cette séquence ça t’aide énormément à conserver le moral. Très honnêtement je me suis beaucoup amusé …

Cela se voit!

C’est un beau métier. Mais c’est du boulot. Énormément. On ne se rend pas compte de la somme de travail qu’il y a là. J’ai tapé trois-cent pages pendant ce tournage, sur un petit agenda électronique qui s’ouvre en deux avec un clavier… Parce que comme ça après quand je cherche un plan je sais tout de suite où il est. Il y a un gros boulot.

On voit que tu n’as pas fait la même structure que pour les 52 minutes car là le but n’est pas de dormir chez les gens mais d’aller à Hollywood dormir chez une star. Ce qui est assez étonnant dans ton Road Movie c’est que vraiment on va de surprises en surprises quasiment tout le temps, et c’est très émouvant, il y a des passages…

Oui oui ça prend…

… où on arrive limite aux larmes, il y a des moments où on a très peur aussi… pour toi…

… c’est vrai…

Il y a des moments où on rigole parce qu’il y a quand même… j’ai pas envie de raconter ton film parce que ce qui est intéressant c’est qu’il y a tellement de surprises que pendant 1h38 on ne s’ennuie pas une seule seconde. Je voulais savoir si tu avais fait le montage justement pour donner cette dynamique là ou si tu t’es attaché aux gens et  t’es dit : « je vais montrer telle personne »…

On s’est attaché aux gens au montage mais le problème est simple : vu ce que j’avais ramené comme quantité d’images et de séquences qui valaient vraiment le coup, on était obligé d’avoir un rythme soutenu comme ça, et on a voulu avoir un rythme soutenu. Et moi ce qui me plaît beaucoup c’est que évidemment rien n’est mis en scène, tout est totalement improvisé, et c’est de constater une fois de plus, parce que c’est pas une découverte, que si on regarde, si on va au bon endroit, si on sait trouver des choses, il y a, où qu’on aille, où qu’on soit, des trucs qui sont exceptionnels, qui sont soit drôles, soit tristes, soit exaltants, soit inquiétants comme tu le disais, mais il y en a partout. Le problème essentiel c’est d’arriver à les attraper, à les saisir. Et le matériel qui a été développé pour moi me permet de saisir ces moments exceptionnels encore mieux que le ferait une équipe de tournage qui de toute façon va déranger. Quand elle va arriver elle va arrêter ce qu’il se passait. Alors que moi ça ne s’arrête pas, voire même c’est catalysé, parce que les gens cela ne les arrête pas dans leur élan…

Non parce qu’en plus on se rend compte qu’il y a pas mal de personnes finalement, enfin une certaine partie, qui viennent vers toi…

Tout à fait…

… avant même que tu n’ailles eux… qui regardent un peu le matériel…

oui c’est vrai…

… il y a une séquence dans un bus par exemple… qui est assez rigolote.

Oui, une belle petite engueulade…

…où il y a un grand malaise, et c’est la personne il me semble qui vient te voir au départ…

Complètement. Moi je n’ai rien dit.

Il y a même des gens dans la rue qui viennent te voir. Et j’ai le sentiment que lorsque tu vas vers des gens ce sont plus des personnages introvertis, comme l’indienne.

Oui c’est vrai.

C’est d’ailleurs une des rencontres que j’ai trouvé les plus touchantes, avec l’histoire de ton moyen de transport, on va dire…

On peut le dire comme il est sur l’affiche, c’est un corbillard… c’est un joli corbillard relooké.

Rouge comme la chemise!

Bah oui parce que comme il était … pourri, il y avait quelques trous dedans, je l’ai bouché avec des bouts de ruban adhésif, et ensuite je l’ai repeint au rouleau. C’est simple je l’ai acheté dans un casse, personne n’en voulait plus et après tous les gens voulaient me l’acheter, et plus cher que ce que je l’avais payé!

Est-ce qu’il y a eu un moment où tu as eu vraiment la trouille, où tu t’es dit ça sent pas bon pour moi?

Oui, des moments où je me dis ça sent mauvais. À La Nouvelle Orléans entre autres. Mais en revanche, j’ai pas eu des moments où j’ai eu très peur ; parce que le moment… peut-être que je suis plus inconscient que d’autres j’en sais rien… mais moi le moment où j’ai vraiment peur c’est le moment  où les choses sont en train de basculer. Or là, c’était limite. Je m’inquiétais aussi, mais je n’étais pas dans une situation où je me disais « c’est en train de basculer, ça va devenir incontrolable », c’était encore à la limite, donc je n’ai pas eu trop peur.

Nous on a peur quand on regarde ! On se demande ce que tu fais.

Effectivement je me posais des questions. Le problème c’est que le danger, comme plein de choses, tout ce qui est des rapports humains, ce n’est pas une science exacte, et du coup il y a des moments où tu ne sais pas comment cela va se passer, et il y a des moments où c’était un peu limite.

Question de curiosité. Entre la section cinéma des armées et France 5, que tout le monde connaît, et plus récemment Pékin, qu’as-tu fais entre les deux?

J’ai fait du reportage de guerre avec CBS News, ça a été Beyrouth, l’Iran, l’Irak, des choses comme ça. Puis après je suis parti vers le cinéma animalier parce que j’avais encore envie de voyager, mais je trouvais que l’actualité c’était quand même essentiellement des conférences de presse et des trucs pas drôles. Et après j’ai fait beaucoup d’expéditions scientifiques parce que c’est le truc le plus passionnant à faire, par exemple, filmer le Radeau des Cimes, qui est un dirigeable qui dépose une plate-forme sur la forêt pour les chercheurs en Amazonie, c’est assez exceptionnel ; plonger en sous-marin au fond de la mer à 5000 mètres de fond et regarder avec des hublots pendant 8 heures, ça c’est super ; descendre dans des gouffres de glace au Groenland, c’est pareil c’est exceptionnel. Et puis en fait j’ai fait énormément de documentaires où j’ai vécu des trucs formidables, et là, on arrive à la promo! Je reviens d’Iran (je continue ma série). Et je fais un bouquin qui raconte justement ce que j’ai fait avant, qui sortira un peu avant le film (début novembre), et qui va s’appeler « Avant d’aller dormir chez vous »;  ça s’appelle décliner une idée, et en même temps ça dit bien ce qu’il y a dans le bouquin.

Quelle a été ta meilleure nuit aux États-Unis?

Eh bien ma meilleure nuit, elle n’est pas dans le film en fait. Je vais vous dire un truc que je n’ai dit à personne. Sur les 27 voyages que j’ai fait jusqu’à maintenant, plus le long métrage, je n’ai eu aucune aventure avec personne… Sauf la dernière nuit que j’ai passé à Los Angeles, je ne l’ai pas passée seul. Mais c’est ma vie privée ! Parce qu’en fait, je ne suis pas si coureur que ça, quand je suis en train de faire un film je bosse. Je n’ai qu’une chose en tête qui est de faire ce film.

En fait le but, c’était d’aller dormir à Hollywood, chez une star… Finalement, sans dévoiler la fin, on peut dire que tu as un peu dormi chez une star?

Ah oui je crois que j’ai dormi chez une star. C’est le « chez » que j’adore d’ailleurs dans cette phrase. Vous verrez quand vous verrez le film, c’est le « chez » qui est important. Un très beau « chez ». Un « chez » où on part en vacances, un « chez » qu’on aime.

Le début et la fin de ton film. Cela commence tu sautes en parachute…

Je peux te dire que j’ai eu très peur…

C’était pas ton premier saut quand même?

Non… mais j’ai eu super peur. J’avais essayé un peu puis j’avais abandonné parce que j’avais la trouille. Et là, la production trouvait que c’était marrant comme début, parce qu’on dit toujours « je me suis fait parachuter ». Je me suis effectivement fait parachuter, mais il a fallu que j’apprenne. Parce que la chute libre, quand tu veux en faire tout seul et être suffisamment à l’aise pour te filmer et dire des conneries pendant la chute, c’est une vraie formation. Et j’avoue que j’ai eu extrêmement peur. En fait c’est une peur qui monte de saut en saut ; et puis il y a un jour ça bascule, tu as compris. Tu te sens à l’aise, et à partir de ce moment-là c’est le bonheur. Et c’est vrai que ça fait un début de long métrage qui arrache pas mal!

En fait tu as tout utilisé : l’air, la terre, la mer.

Oui il y a pas mal de moyens de transport. Et d’une manière j’espère assez décalée.

Tout le film est assez décalé.

Et pourtant c’est la réalité des États-Unis.

Mais je pense que c’est aussi ton personnage.

Oui cela doit jouer.

Parce que tu es très positif, tu es très ironique…

Oui mais ça je le suis fondamentalement. Et je pense que c’est très important parce que c’est à la limite ton meilleur garde du corps ; c’est le fait de dédramatiser en permanence une situation qui pourrait basculer qui fait qu’elle ne bascule pas ou qu’elle basculera plus tard. J’ai remarqué que les gens qui se font attaquer sont souvent complices. Involontairement. Mais quand tu regardes même les chiens (arrêtons de croire que nous sommes différents des animaux), il suffit qu’il y en ait un qui arrive qui soit un peu craintif et qui ait mal etc., les autres qui étaient en train de ne rien faire l’attaquent. Eh bien les êtres humains cela n’est pas très loin de ça. Et si tu arrives et que tu t’amuses et que tu es détendu, l’éventuel agresseur doit faire une démarche qui est plus forte pour lui et il doit faire un effort plus grand pour passer d’une situation sympa à l’attaque. Alors que si toi tu te méfies et tu sens que ça va t’arriver, il n’a plus qu’à y aller. Et je pense très sincèrement que cela joue beaucoup.

Il y a une scène très drôle où tu arrives à rentrer chez une star, on ne va pas dire laquelle…

Il n’a pas fermé sa porte! C’était grand ouvert!

C’est vrai! Les gens qui sont à la porte d’entrée te laissent passer parce qu’ils ne savent pas trop, et tu arrives en haut, tu tombes sur un garde du corps qui te fait comprendre qu’il vaut mieux que tu t’en ailles, tu lui réponds plusieurs fois « de toutes façons vous êtes plus balèze que moi… je m’en vais ». Le gars est très sérieux alors que toi tu le regardes en rigolant…

Il n’a pas décroché un sourire… En même temps je comprends. Je pense que les vraies stars, ce sont des gens qui sont quand même harcelées, et je pense que c’est très difficile de les surprendre. Mais s’il était descendu, parce que qu’il était dans la maison, je pense, compte tenu de son caractère, que j’avais mes chances. J’ai fait une grosse erreur de ne pas dire que j’avais rendez-vous.

Oui mais tu ne veux pas mentir.

Je ne veux pas faire le paparazzi. Il ne veut pas tant pis! Je sais qu’il va regretter! Mais je lui laisse une dernière chance : si tu m’invites, je viens!

Ce qui serait marrant, c’est que dans les trois stars que tu as essayé d’approcher, une voie le film par un biais ou un autre, et t’invite vraiment.

Mais je ne désespère pas de faire une petite sauterie à Paris avec les trois.

En plus ce sont trois plutôt sympas.

Oui, ce sont des monuments! Mais peut-être quand le film va sortir là-bas aux États-Unis… c’est pas exclu… rien n’est exclu. Rien n’est prévu tout est possible, une fois de plus!

Au début on se demande comment tu vas gérer ton documentaire parce que tu n’as pas l’habitude de ce format-là.

Rassurez-vous, cette question là je me la suis aussi posée! Et puis ce film ce n’est pas un documentaire, c’est réellement un Road Movie.

C’est réussi.

Merci ! Allez le voir! Je fais ma pub aussi… Des situations qui peuvent être tendues ou drôles, quand on les voit à la télévision c’est une chose, mais quand on les vit dans une salle de cinéma et qu’il y a tout le monde, ça prend une intensité beaucoup plus grande, et je pense que ce serait une connerie de vous priver de ça et de le regarder après sur internet tout compressé. Tout à l’heure je sentais la salle qui vibrait : les moments drôles sont vraiment super drôles, et dans les moments tristes je vois une ombre qui passe sur la salle… et les moments inquiétants surtout.

En tous les cas ton film donne envie de voyager.

Je pense que l’utilisation de ce matériel est sans limite. Je peux aller dans différents domaines, différents endroits. Quand j’ai fait le premier tournage au Mali avec ça, j’avais fort peur de ne rien ramener, et je me disais qu’au pire je ramènerais l’histoire d’un mec qui se plante. Et puis au fil des tournages, je suis allé de plus en plus loin, et je m’aperçois que je ne connais pas encore les limites. Les seules limites que je vois c’est que avec ce matériel là tu ne peux raconter que l’histoire du mec qui le porte, tu ne peux pas faire un film sur les pompiers ou l’élevage des oies ou n’importe quoi en tournant avec ce matériel-là. Ce sera toujours l’histoire du mec qui porte ce matériel qui va voir les pompiers, etc. C’est la seule restriction que j’aie vue jusqu’à maintenant. Et… je ne sais pas ce que je vais faire dans l’avenir…

Tout est possible…

Et rien n’est prévu…

 

Sincères remerciements à Antoine de Maximy, Renaud Maupin (Studios Disney), Amandine Marécalle (Groland), Bénédicte Dubois et Émilie Maison (213communication), Franck Picci et Jean-François Pioud-Bert


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