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Percy Jackson : La mer des monstres

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La mythologie grecque concoctée à la sauce « Harry Potter » pour un jeune public : biscornu, oui, mais plus malin qu´il n´y paraît.

À bien y regarder, les aventures de Percy Jackson sont ce qui se rapproche le plus, dans le paysage cinématographique contemporain, des romans grecs et latins antiques d’Apulée ou de Lucien de Samosate qui savaient, avec beaucoup d’humour, singer délicieusement la mythologie, héros et monstres compris. Autant Le Choc des titans (Louis Leterrier, 2010) et sa suite immonde, La Colère des titans (Jonathan Liebesman, 2012) s’épuisaient à force de vouloir dramatiser maladroitement les péripéties de Persée contre les dieux, peinant à trouver un improbable équilibre entre le jeu vidéo God of War et les tragédies d’Eschyle ou de Sophocle ; autant les deux épisodes de Percy Jackson ont bien compris, en visant un public plus jeune, branché Harry Potter et Twilight, et moins avide du tout-action, qu’il fallait s’ouvrir à la psychologie adolescente. C’est que la mythologie grecque est un sujet trop délirant pour être laissé entre des mains sérieuses.

Percy « Potter » Jackson

Malgré sa contiguïté de noms, Percy n’est pas, comme Persée, fils de Zeus, mais rejeton du dieu de la mer, Poséidon, et d’une mortelle. Arrivé à l’âge où les jeunes garçons s’interrogent sur leur devenir, Percy se complaît dans une douce mélancolie de l’incertain, faite d’interrogations existentielles, entre « Qui suis-je vraiment ? » et « Que vais-je bien pouvoir faire de ma vie » ? D’autant que sa rivale en affaires, Clarisse, fille du dieu de la guerre Arès, n’a de cesse de le remettre à sa place et de minimiser ses récents exploits. Lorsque la barrière qui protège le camp des sang-mêlés est affaiblie, promettant une destruction prochaine du petit groupe, Percy trouve l’occasion de mener une bataille pour sauver les siens, mais surtout pour se donner un but.

 

 
 
Au récit initiatique de Marc Guggenheim, adapté des romans de Rick Riordan, scénarisé avec le manque de subtilité qui caractérise une majeure partie des productions hollywoodiennes récentes, s’ajoute une plaisante et pédagogique variation sur des thématiques mythologiques bien connues. On se prend à sourire devant les évocations humoristiques – mais toujours bien vues – des signalétiques antiques transposées au monde moderne : les Grées, fameuses triplées dotées d’un œil unique et du don de clairvoyance, sont devenues conductrices de taxi, le cyclope Polyphème, qui dans l’Odyssée grignote les compagnons d’Ulysse, s’est fait défenseur de la Toison d’Or et habite sur l’île de la sorcière Circé, transformée en parc d’attraction à l’abandon. L’humour dominant le tableau – il suffit, pour s’en convaincre, de voir Stanley Tucci dans le rôle de Dionysos -, Percy Jackson s’avère plus proche des Métamorphoses d’Apulée ou des pièces comiques d’Aristophane, que des ouvrages de Xénophon ou d’Ovide.

Il s’agit moins d’un détournement que d’une réactualisation de faits ou de personnages connus de tous, même de façon approximative. Véridique ou pas, l’anecdote a le mérite de souligner cet angle de vue : Rick Riordan aurait eu l’idée d’écrire ces romans après avoir épuisé le stock des histoires mythologiques relatées à sa fille, en inventant ce personnage de demi-dieu en quête d’artefacts mythologiques dans l’Amérique moderne. La collusion entre les deux univers se savoure donc avec le même plaisir coupable qu’un Harry Potter à la sauce mythologique : lorsque le satyre fait remarquer que l’Olympe et le Capitole de Washington sont tous deux habités par des puissants qui se regardent le nombril, il faut y voir moins une critique gentillette du système politique que le rejet, par des adolescents en pleine croissance, de problèmes qui ne sont manifestement pas de leur âge.

Trouble adolescence

La naissance problématique de Percy, ajointe à sa quête de ses origines familiales dans le premier opus, rappelle que les dieux facétieux ont toujours aimé séduire les humaines en usant de tous les stratagèmes – les plus connus mettant en scène un Zeus transformiste, ici en pluie, là en taureau, pour mieux attirer dans ses filets virils les jolies et mortelles nymphettes. Elle pose également la question de l’absence du père, dans une société qui s’alimente de ces questionnements ontologiques : Percy, assit près d’un lac et parlant seul, en l’absence de réponse de son géniteur divin, remarque lui-même l’absurdité de sa démarche face à une figure paternelle qui n’est jamais figurée.

 

 
 
La recherche des origines célestes des héros adolescents se transforme ainsi en quête du père, ce père qui soit n’a pas de corps (Poséidon, seulement eaux et vagues ou apparition animalière marine), soit, quand il en possède un, est condamné à le réduire à son symbole immédiat (Hermès devenu le gérant d’une société de transport façon UPS, Dionysos perdu dans la contemplation de bouteilles de vin qui se changent systématiquement en eau claire depuis qu’il a été puni par Zeus). Quand Percy retrouve sa Némésis, Luke, fils d’Hermès, et lui transmet les excuses de son père, le jeune homme réagit comme l’ado boudeur qu’il est : « Il ne pouvait pas venir me le dire lui-même » ? La réponse est dans la question auparavant posée par Percy face à la solitude du lac : non, car la famille s’apparente à la foi en Dieu, elle s’interdit toute preuve figurative de son existence. Il faut croire au père comme on croit à la puissance divine, point.

En lui envoyant un demi-frère cyclope, quand bien même les cyclopes seraient considérés comme une race vile et sournoise (sic), Poséidon prodigue à son fiston Percy une leçon morale qui lui sert de test : apprends à reconnaître tes proches au-delà de leur apparence, à rapprocher le monstre et l’homme qui ne sont qu’un. Et bientôt, Percy Jackson se résume à une unique inquiétude fraternelle : peut-on appeler encore l’Autre frangin quand celui-ci est si manifestement différent ?

Titre original : Percy Jackson: Sea of Monsters

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Durée : 106 mn


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