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Patients

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Un premier long-métrage drôle, humain et terriblement touchant.

Bien sûr il y a eu Intouchables et encore avant le Scaphandre et le Papillon ou encore Le Huitième Jour pour aborder avec pudeur et brio le délicat sujet du handicap au cinéma. Il faudra désormais compter avec Patients qui pourrait devenir une référence en la matière. Sans compassion aucune, grâce à son énergie et sa force mentale, Ben, le héros de Patients, nous embarque immédiatement, dans cette histoire proche du biopic déclinée en 3 temps.

Un Jour couché puis un prochain Jour assis

L’accident de la vie qui foudroie Ben (de son vrai nom Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade) dans sa jeunesse éclatante le cloue sur un lit au fond d’un centre de rééducation. Cet état végétatif n’atteint pas pour autant le moral du Héros. Toujours bienveillant et à l’écoute des autres, de ses amis comme du personnel hospitalier, sans nombrilisme aucun, Ben avance jour après jour sur le difficile et douloureux chemin du réapprentissage de son corps, de la redécouverte des infimes sensations à toutes les étapes de la mobilité.

Un Jour assis puis un prochain Jour presque debout

De progrès en progrès, à force de détermination et d’exercices, un souffle nouveau de liberté s’ouvre à Ben le jour où lui est mis à disposition un fauteuil roulant. La dépendance se transforme en indépendance relative. L’univers de Ben s’étend à l’enceinte de l’établissement du Centre de Vie. La vie s’installe dans cette communauté où se côtoient des handicapés de « tout bord » (tétra, handicapés physiques ou moteur, handicapés mentaux), enfermés pour la plupart dans leur propres geôles. La scène où un ami « valide » vient rendre visite à Ben nous démontre à quel point nous restons démunis et impuissants quand il s’agit de côtoyer des « invalides ». Entouré, aimé des ses proches, Ben se détache du lot, fédère autour de lui et distille gaité et humour.

Un jour debout

Grâce à l’investissement de son kiné qui n’a jamais douté de lui, les progrès fulgurants amènent Ben à pouvoir envisager de retrouver sa stature debout. A peine ébranlé par le verdict du médecin qui lui annonce sans détour que, même debout, il ne le sera qu’à moitié, il doit d’ores et déjà renoncer à toute pratique sportive et à toute vie sociale normale, Ben repart au combat de sa renaissance, avec sagesse et conviction, conscient désormais des limites que son corps lui a fixées et de sa vie qu’il doit envisager sous un autre devenir. Le destin de Ben fera de lui un artiste unique, scellé à sa béquille, équilibriste des mots habilement écrits dans des textes profonds, le tout porté par une voix grave, troublante et puissante. La place faite dans ses concerts aux handicapés reste le témoignage poignant de la mémoire que Ben/Fabien devenu Grand Corps Malade a su préserver.

Tourné à la façon d’un huit-clos, Patients est une leçon de vie à faire pâlir n’importe quel corps pas malade et à donner espoir à tout corps (grand ou petit) qui le serait. L’intelligence du propos se glisse jusque dans l’écriture du titre à l’écran, barré en 2, comme une référence à la double sémantique du terme Patients, à la fois dans une salle d’attente et à la fois comme une qualité indispensable à tout être humain. Patients restera une ode à la résistance, un pied de nez à la vie grâce à un moral inébranlable. A moins que la fatalité n’ait fait en sorte que cet incroyable destin ait permis à Fabien Marsaud de devenir Grand Corps Malade ?

Titre original : Patients

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Durée : 110 mn


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