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Par les épines

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Premier long métrage, « Par les épines » est un film choral, parfois maladroit, souvent tendre, jamais moraliste. Sa force et sa faiblesse à la fois.

Régisseur sur les plateaux de Luc Besson, assistant monteur, figurant, réalisateur de courts métrages, Romain Nicolas, après de nombreuses tentatives d’écriture de scénarios, décide qu’il est prêt et voici donc son premier long métrage. Par les temps qui courent, il en faut du courage et de la détermination et le dossier de presse raconte cette aventure presque comme un conte de fées : « En effet, son scénario et son discours de fou raisonnable séduisent. Des techniciens, des comédiens, expérimentés ou non, sont prêts à se jeter dans Les Épines. Il rencontre Alain Mayor qui, pris par ces enthousiasmes communicatifs, fait entrer des partenaires en coproduction et leur donne les moyens de passer à l’acte. » Agnès Soral, actrice magnifique et chevronnée, est elle aussi séduite et entre à son tour dans le projet comme actrice principale et participe même au budget en devenant coproductrice.

Alors, hormis cette belle histoire de coproduction participative, Par les épines se pose comme film choral et s’en donne les moyens. On sent que le jeune réalisateur est amoureux de ses personnages, de son histoire, qu’il y tient, mais quelque chose, un petit je-ne-sais-quoi manque pour que le film tienne la route jusqu’au bout. Peut-être un manque de maturité, ou de moyens. Peu importe, on peut dire qu’un cinéaste (un de plus !) est né et qu’il nous surprendra sans doute s’il abandonne aux orties, voire aux épines, des tics peut-être empruntés à de plus grands réalisateurs et qui lui font de l’ombre. Car, et c’est sans doute le plus difficile en débutant, il faut trouver son propre style.

Partant de la question de René Char : « Prend-on la vie autrement que "par les épines" ? », Romain Nicolas met en scène justement quatre personnages que la vie n’a pas gâtés ou qui attendent, un peu comme nous tous, le bonheur, qui espèrent que « la vie finira bien par commencer ». Chaque personnage est en effet traité dans un style particulier et sous une note différente : Madame Rose, interprétée par Agnès Soral, est plutôt pastel, dans le décor de la maison de Chateaubriand prêtée par le Conseil général des Hauts-de-Seine ; Juliette, devenue muette à la mort de sa mère, connaît les épines de la ville, dans son errance construite autour du gris acier des rues déshumanisées de la grande ville ; Marilyn vit dans le rose bonbon et les éclairages indirects d’appartement tendres qui rendent plus belle, mais il ne faut pas s’y fier, elle note scrupuleusement sur son calendrier ses jours sans amour et ses jours sans chocolat pour tenter de cesser de grossir par désespoir ; enfin Rudy, prince ou princesse de la nuit, c’est selon, hante une boîte de nuit gay en travesti, comme dans un mauvais film de Pedro Almodovar. La nuit, c’est rouge sang, et le jour c’est le gris minable de Pôle emploi où il recherche un vrai boulot en vain.
 
 

Ces quatre personnages ne se connaissent donc pas et, comme dans tout film choral qui se respecte, il va bien falloir qu’ils se rencontrent. On pense aux scénarios alambiqués mais si bien construits de Claude Lelouch, de Danièle Thomson et bien sûr d’Alejandro González Iñárritu. On sent bien que Par les épines aimerait nous proposer une belle mécanique, précise et huilée, mais il est surtout très pris par la résolution de sa thèse, à savoir qu’il suffit de se bouger un peu pour que les choses changent. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas dans la vraie vie. En effet, Romain Nicolas aurait dû aller plus loin dans la douleur, dans les marques que ces épines infligent à nos corps. C’est dommage qu’il ait choisi l’espérance au lieu du désespoir car la fin gâche un peu la mélancolie et la misère affective qui traverse le film de part en part, et lui ôte de fait son sentiment tragique qui est au cœur de toute vie terrestre et que le cinéma se doit de montrer. On a un peu l’impression d’une fin téléguidée quand on lit ce que le réalisateur déclare dans le dossier de presse et, encore une fois, c’est bien dommage : « Nos personnages devront faire face à eux-mêmes, et s’accepter : laisser sortir les émotions pour Juliette, apprendre à être aimée pour Marylin, réaliser où est sa place pour Rudy, et faire la paix avec les êtres humains pour Madame Rose. Pour en sortir, si ce n’est grandis, au moins apaisés. C’est sur cette note d’espérance que se termine le film. Après leurs aventures, pour nous si anecdotiques, et pour eux si importantes, à la fin, tout va mieux. Mais il leur aura fallu un peu de temps et du courage. Il leur aura fallu, en somme, prendre la vie par les épines. »


Titre original : Par les épines - Histoire de quatre printemps

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Acteurs : ,

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Genre :

Durée : 95 mn


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