Nous nous sommes tant aimés ! Sortie Combo Blu-ray/ DVD Studiocanal

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Illusions perdues d’un groupe d’amis, un inoubliable tableau composé par Ettore Scola, l’un des plus grands portraitistes de la comédie Italienne.

Après avoir vaillamment participé à la résistance contre les forces Allemandes, Gianni (Vittorio Gassman), (Stefano Satta Flores) et Antonio (Nino Manfredi) vont voir leurs chemins se croiser pendant trois décennies. Nous nous sommes tant aimés ! est une œuvre phare à plus d’un titre. Pour Scola d’abord, quatre ans après son Drame de la jalousie dans lequel c’est Mastroianni qui fût récompensé, le réalisateur fût enfin  célébré à sa juste valeur, et plus seulement comme un excellent scénariste. Pour le public, c’est son cœur qui restera à jamais touché par cette fresque à la mélancolie critique. L’esprit  acide de la grande comédie  Italienne associé au portrait historique d’un pays qui, à la sortie de deuxième conflit mondial, va espérer régler ses différends, réduire ses différences grâce à la mise en place de la république et la puissance du parti communiste. Si quelques références historiques, économiques et sociales viennent illustrer les bouleversements de ces périodes, c’est dans le quotidien de ses personnages que se vivent les soubresauts de l’histoire. Le monde qui se présente à eux est riche de promesses, chaque personnage est pétri de bonnes résolutions et de rêves, mais pour quels changements. Au tour d’eux, dans des arrière-plans  foisonnants qui font le génie de la grande comédie Italienne, le « bordel » organisé règne toujours en maître. On cherche à retirer quatre sous en refourguant quelques babioles, à se battre pour inscrire son enfant dans une École devenue obligatoire pour tous mais limitée en places…

Dans leurs obsessions, leurs frustrations, Stefano, Antonio et Gianni n’auront, au fond, pas changé d’un iota. Un destin écrit par avance, dans lequel les hommes ne peuvent choisir que les petits détours qui les y conduiront, comme chez Tchekhov. La partition d’Armando Trovajoli – grand compositeur que l’immense ombre de Morricone a quelque peu éclipsé dans le panthéon  du cinéma transalpin – imprime d’une façon mémorable cette mélancolie. De par son et lyrisme et sa représentation des illusions élimées par le temps et l’histoire d’un pays, le film de Scola pourrait bien avoir inspiré Sergio Leone pour son Il était une fois en Amérique (1984). La scène où Noodles revient à la gare de New-York par la magie d’un fondu enchainé fonctionne sur le même registre qu’ici le lent passage du noir et blanc à la couleur sur une place de Rome.

Scola convoque ses inspirateurs pour célébrer le Cinéma Italien, dédiant le film à son maître Vittorio De Sica – filmé ici lors d’une de ses dernières représentations en public, tandis que Fellini et Mastroianni jouent leurs propres rôles dans une scène de tournage de La dolce Vita, (1960). Par l’entremise du personnage de Stefano – critique de cinéma sans réussite – , Scola rappelle l’importance du septième art dans le processus de démocratisation culturelle. Le rêve sans lendemain de Luciana (Stefania Sandrelli) met l’accent sur le miroir aux alouettes que Cinecittà a tendu à un nombre infini de jolies filles. Avec  Elide (Giovana Catenacci), la femme de Gianni, qui  s’élève par sa soif de savoir. Luciana constituent les personnages les plus forts et les plus lucides d’une Italie où les velléités masculines auront tristement échoué. Œuvre d’une infinie richesse, que les bonus de Jean A. Gili  et Jean-Baptiste Thoret explorent  avec passion,  cette édition de Nous nous sommes tant aimés ! proposée dans la collection Make My Day est tout bonnement indispensable.

 

 

 

 

 

Titre original : C'eravamo tanto amati

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Durée : 124 mn


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