My Blueberry Nights

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Le titre de cinéaste du romantisme éthéré, langoureux et désenchanté étant conquis, Wong Kar Wai s’attaque à une autre conquête : celle des Etats-Unis. My Blueberry Nights, son dernier film, incorpore tous les clichés et les caractéristiques roots des Etats-Unis pour mieux servir son univers. Surgit une question légitime, faut-il être sceptique ou dithyrambique ? […]

Le titre de cinéaste du romantisme éthéré, langoureux et désenchanté étant conquis, Wong Kar Wai s’attaque à une autre conquête : celle des Etats-Unis. My Blueberry Nights, son dernier film, incorpore tous les clichés et les caractéristiques roots des Etats-Unis pour mieux servir son univers. Surgit une question légitime, faut-il être sceptique ou dithyrambique ? WKA se vend-t-il au public US ou est-il simplement un caméléon capable de se fondre dans chaque culture ?

Sans surprise, le cinéaste chinois reprend les thèmes de la solitude, de l’amour et de la mélancolie. Sans originalité, il distille le mal d’une rupture amoureuse, le besoin de nouveau départ et de rédemption avant un nouvel amour. Après avoir traversé ce pays, Elizabeth parvient à revenir à New York et succomber aux charmes d’un barman. L’histoire, décevante car cousue de fil blanc et sans épaisseur, n’atteint pas la grâce et l’élégance de ses précédents films. Qui plus est, il reprend la trame d’un court-métrage, bonus du DVD In the Mood for Love… Manque d’inspiration ou volonté de rester ancré dans un genre ?

Comme dans ses précédents films, ce sont les personnages qui font l’histoire. Dans ce cas, la chanteuse Norah Jones prend le relais convaincant des égéries chinoises, Maggie Cheung et Gong Li. Centrale au début du film, son personnage de femme amoureuse, au cœur brisé, s’évapore de plus en plus pour laisser place à un nouveau personnage : l’Amérique. On regrettera que le cinéaste chinois perde son héroïne pour un être fantomatique. Elle ne devient qu’un observateur béat d’une Amérique malade : couple détruit, enfant gâtée empreint au jeu et policier tourmenté. Trop distante, on ne peut s’identifier à elle, ni la haïr ou l’aimer. Mais cette déception cache une réflexion bien plus intéressante si l’on suppose que WKW se cache derrière Elizabeth.

Reste donc le plus captivant : l’essence du film lui-même, cachée derrière cette strate « histoire d’amour ». Parcourant d’est en ouest les USA, WKW offre un voyage initiatique au cœur des roots américaines, road-movie touchant où la beauté picturale colorée et lumineuse prime. On remercie WKW d’avoir trouvé le ton juste, sans moquerie ni caricature, entre fascination jalouse et déclaration d’amour incontestée. Lui qui a puisé dans les films de Scorsese ou d’autres occidentaux, il a fait la part des choses entre ses sources et sa singularité esthétique. Ainsi, à travers l’histoire entrecoupée de ralentis et de discontinuités temporelles, on traverse, en compagnie de Natalie Portman, les étendues désertiques des Rocheuses, on s’arrête dans les mythiques diners, avant de débarquer dans la capitale de l’excès et du jeu, Las Vegas. Entre temps, on aura pu reconnaître les failles du système américain : légalisation des armes, voyeurisme, psychose post 11 septembre et êtres éconduits.

Bercé par la musique jazzy de Ry Cooder et de Cat Power, My Blueberry Nights s’impose comme une radiographie de l’Amérique entre symbole et réalisme, entre reconnaissance et amertume. Malgré quelques temps longs, un personnage principal sans relief et une histoire d’amour effleurée, le film vaut pour l’immersion dans la culture US, sans caricature, ni pathos.
A la question posée en exergue, on est en droit de répondre que WKW voyage en Terre Promise en conservant ce qui l’a construit jusqu’ici mais sans pour autant le surpasser.

Titre original : My Blueberry Nights

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Durée : 110 mn


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