Les Fauves

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Avec sa mise en scène enivrante, « Les Fauves » enveloppe néanmoins plus qu’il ne trouble.

« Nous glissons sur le monde, nous n’avons plus de prise »

Cette phrase, extraite du manifeste de Paul (Laurent Lafitte), écrivain patibulaire qui vit dans un coin de forêt de Dordogne, est lue attentivement par Laura (Lily-Rose Depp) qui passe ses vacances dans un camping du coin et a trouvé le moyen de s’introduire en douce dans la caravane de Paul. En mal de sensations et de sens à donner à son existence, l’adolescente, dotée de la présence éthérée et languide de Lily-Rose Depp, se laisse elle-même glisser sur le monde, comme dans l’attente du moindre accroc pour la sortir de sa torpeur, qui l’éloignerait des préoccupations de ses amis qui l’ennuient. L’aspérité, la prise sur le monde, tant recherchées, vont prendre la forme d’une mystérieuse panthère qui rôderait dans les alentours du camping, et dont la présence ne serait pas sans lien avec la disparition de plusieurs personnes dans la région, dont celle d’un prétendant de Laura, retrouvé mort le corps couvert de blessures.

 

 

Coups de griffes ?

Vincent Mariette installe, dès l’ouverture du film, une atmosphère inquiétante, mijotée d’un décor de nuit, de sonorités indiscernables et menaçantes, dérangeant deux jeunes en train de faire l’amour dans une voiture, alarmés par le rugissement d’une panthère. La scène, parfaitement composée, peut rappeler une séquence similaire de It follows (2015) dans son mélange de malaise et d’envoûtement. A ceci près que le film de David Robert Mitchell donnait à son œuvre une matière sombre et des sueurs de tension, tandis que Les Fauves reste tout du long comme à la surface du traitement de ses idées formelles et intellectuelles, enveloppant le spectateur dans l’étreinte de pattes aux griffes finalement toutes rentrées, ses plans les plus étudiés (la scène de piscine aux animaux morts, l’apparition de la panthère dans les bois) relevant plus d’un charme diffus, jusque dans ses notes musicales, que d’un envoûtement profond. S’il on sent les multiples références cinématographiques qui colorent le film (dont la célèbre figure de La Féline (1982), dans sa déclinaison par Paul Schrader), Les Fauves semble néanmoins rester à un seuil de représentation timorée par rapport à la force charnelle de ses influences. La sensualité de l’œuvre étant ici réelle mais comme diluée dans le réveil adolescent qu’elle accompagne.

 

 

« Ce que vous faite c’est mieux qu’un livre Paul ».

C’est peut-être le sujet du film en lui-même que retient notre esprit, qui dit la soif éperdue d’histoire(s) et de croyance, voire de superstition. On ne peut s’empêcher d’évoquer sa contiguïté avec un autre long métrage français sorti il y a quelques mois, le réussi Paul Sanchez est revenu ! de Patricia Mazuy, déjà avec Laurent Lafitte, dans le rôle de Paul Sanchez (un autre Paul !), dont le personnage se trouvait également au cœur d’une machine de course à la fiction, vers un trésor complexe d’affabulation et de réel, d’élan et de désespoir, où une jeune gendarme en mal d’aventure partait à la chasse d’un «homme-revenant» (inspiré de la figure de Xavier Dupont de Ligonnès), personnage auquel fait écho la figure de policière mystérieuse jouée par Camille Cottin dans Les Fauves. « Ce que vous faite c’est mieux qu’un livre Paul » dira Laura à l’écrivain. Il est intéressant de repérer, à quelques mois d’intervalle, le même type de questionnements et « d’envie de croire » indissociable du désir d’imagination. A l’instar du dernier film de Sébastien Marnier, L’Heure de la sortie, où Laurent Lafitte interprète un professeur en proie à une paranoïa progressive au contact d’une poignée d’élèves qui se préparent à ce qu’ils croient être la fin du monde. Trois films rapprochés et un même acteur pour endosser les costumes rocailleux de l’homme qui doute ou/et qui rationalise, du conteur ou/et du menteur, pour interroger une tentative de (re)prise sur le monde, sur son récit collectif et individuel, cela en pleine époque de viralité des fake news.
 

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Durée : 83 mn


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