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Les Confins du monde

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« Les Confins du monde » aurait pu être un très bon film. Il est dommage que Nicloux ne soit pas parvenu à confiner le spectateur dans un monde intéressant où s’épancher.

Guillaume Nicloux semble s’être habitué au dépaysement, à ces ambiances naturelles, loin de toute agitation. Après Valley of love en 2015 et The End l’année suivante, il plonge le spectateur dans Les Confins du monde à la fois dans la jungle Indochinoise mais également dans la jungle déstructurée de son protagoniste principal, Robert Tassen, un soldat français, en quête de vengeance suite à la mort de son frère.

Ces confins du monde, tant géographiques que psychologiques, sont brillamment servis par Gaspard Ulliel, qui incarne avec nuance ce personnage traumatisé par l’horreur de la guerre, déterminé à rendre justice à l’être cher qui lui fut pris dans un conflit dont il se rend progressivement compte qu’il ne connaît aucune justice, que ce soit d’un côté comme de l’autre. La rencontre de Robert avec Maï, une jeune prostituée locale, pour qui il ressent d’emblée une attirance (ce qui livre au spectateur un passage, anecdotique certes, mais très réussi, où au détour d’une phrase, la première fois qu’il s’offre les services de la jeune asiatique, il oublie qu’il lui faut la rémunérer) et auprès de qui sa vision d’une guerre se jouant sous ses yeux et au bout de sa gâchette. Un changement que le personnage interprété par Gérard Depardieu, un des fétiches du réalisateur, va conforter de par des parenthèses philosophiques que Robert Tassen s’offre avec ce vieil homme, dont le conflit mondial lui a pris le fils, mais qui ne se fait guère d’illusions sur le manichéisme avec lequel la guerre est dépeinte aux forces armées afin de les pousser à se battre, et à croire au bienfondé de ce combat. Depardieu endosse ici le costume du vieux sage, non sans rappeler Philippe Noiret dans Uranus de Claude Berri (1990).

 

Hélas, c’est bien la justesse des comédiens qui sauve un film qui n’a guère de saveur et qui perd dès le premier tiers l’attention du spectateur de par une succession de plans naturels, où Nicloux parvient tout de même, ce sera là la seule prouesse de sa réalisation, a créé une ambiance, une tension renforcée par l’humidité du climat local, la brume, les paysages ternes. Mais cette ambiance ne parvient pas à rattraper la lenteur du film et la proximité de l’histoire, qui, de par sa nature, nous ramène sans conteste à l’Amant de Jean-Jacques Annaud, et la mise en scène aux classiques des guerres orientales (de Voyage au bout de l’enfer de Cimino à Full Metal Jacket de Kubrick, dans une moindre mesure) y est pour beaucoup, car Les confins du monde souffre de la comparaison qui est automatiquement faite.

Enfin, le cinéaste, ayant misé sur un réalisme brut, tombe trop souvent dans la facilité des images chocs (tueries, corps en décomposition ou décapités) et de l’utilisation de la nudité (scènes de masturbation, cadrage des relations sexuelles sur les parties intimes des protagonistes) qui n’apportent rien au film, sinon de rebuter un public déjà refroidi par un scénario assez fade, et une photographie dont le parti-pris de sa « laideur » naturelle ne parvient pas à devenir un atout.

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Durée : 103 mn


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