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Les Apaches

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Premier film sur une jeunesse désoeuvrée dans une Corse sclérosée.

Dans une interview retranscrite dans le dossier de presse du film, Thierry de Peretti affirme avoir voulu filmer la Corse « de dos ». Partant, Les Apaches, son premier long métrage en tant que réalisateur (on l’a connu acteur chez Chéreau, Ceux qui m’aiment prendront le train, 1998 ; ou chez Bonello, De la guerre, 2008) donne à voir une île pas tout à fait de beauté, mais plutôt « moche, moche, moche », comme s’exclame l’un des personnages en observant le tourisme de masse venu envahir sa ville au milieu de l’été. On est à Porto-Vecchio, à l’extrême sud de l’île, et le cinéaste semble ne vouloir filmer que les à-côtés, ce qu’on ne voit pas d’habitude, ce qui se cache derrière les criques sublimes et la spéculation immobilière. Ici, un petit larcin dans une maison de riches par quatre jeunes (quelques DVD, une chaîne hi-fi mais aussi deux fusils) qui va tourner au drame lorsque la propriétaire des lieux se plaindra du vol à un petit caïd local. Effet de ricochet, atavisme persistant et désœuvrement de la jeunesse : il y aura un mort, pour rien, qui finira dans le maquis. « Finir dans le maquis », c’est justement ce que ces jeunes Corses sans repères essayent à tout prix d’éviter.

Le drame s’inspire d’un fait divers qui avait bouleversé la ville, et qui impliquait quatre jeunes hommes natifs du coin, deux d’origine corse, deux d’origine marocaine. Le sous-texte social est très présent dans Les Apaches, qui a le bon goût de ne jamais se placer ni d’un côté ni de l’autre : le film de Thierry de Peretti se tient à bonne distance de tout jugement, serait plutôt dans une posture un peu défaitiste qui voudrait dire que « c’est comme ça, c’est tout ». De fait, les questions de la violence en Corse sont centrales, tout comme le sont celles du poids que les crimes réguliers font peser sur ceux qui y vivent. Que tous ces jeunes soient d’origine très modeste et livrés à eux-mêmes n’est évidemment pas laissé au hasard, Les Apaches interroge tout du long ce dont ils ont hérité en naissant là où ils sont nés, dans les conditions dans lesquelles ils sont nés. Le réalisateur n’échappe pourtant pas totalement à certaines facilités, à quelques caricatures : le plan de fin, qui montre une fête de vacanciers de la jeunesse dorée dans la même maison que celle où trime en journée le père d’un des héros, en est une.

Les Apaches est tourné en format carré 1:33, la lumière artificielle est quasiment absente du film, les plans-séquences sont légion. Ce parti pris artistique et technique illustre bien l’envers du décor, donne pourtant aussi une impression de fabriqué : la notion de territoire qui se rattache au titre, le genre cinématographique auquel ce dernier renvoie (le western) sont bien présents, mais restent trop souvent à l’état d’intention. Peu d’émotion dans Les Apaches, ni scénaristique, ni artistique : l’image est aussi triste, aussi terne que ce qu’elle donne à voir. C’est dans le hors-champ que Thierry de Peretti puise l’essentiel de ses forces, dans ce qu’on devine entre les lignes de la vie de ces jeunes. Les acteurs, débutants, sont tous remarquables et le film vaut pour eux, pour le regard qu’il pose sur eux, bienveillant mais jamais teinté d’angélisme. Dans ce film tout en tension, on aurait aimé que ressorte un peu plus d’inquiétude, craindre un peu plus pour ces presque adultes qui, eux, irradient chaque plan.

 

Titre original : Les Apaches

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Durée : 82 mn


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