Le roman d’un tricheur. Sortie DVD chez Gaumont Découverte.

Article écrit par

Vouloir vivre à tout prix comme un honnête homme conduit irrémédiablement au vice. Splendeurs du paradoxe contée par Maître Guitry.

Devenu orphelin suite à l’empoisonnement par des champignons des membres de sa famille, un enfant va devenir tour à tour chasseur, liftier, croupier puis tricheur.

Mathématiques du destin

Ce destin Dickensien,prend sous la plume raffiné et concise de Guitry, la plus légère et amorale des tournures. Guitry théorise le déterminisme en recourant ironiquement à l’implacable science des mathématiques. « Si je n’avais pas volé ces huit sous, je serais mort avec ma famille, car je n’aurais pas été privé de champignons. « Après le décès des onze membres du foyer, on ne sait plus où donner de la peine ». Devenu croupier l’homme se trouve doté du don de diriger la boule vers le numéro placé par sa complice, puis maudit lorsque le sort s’obstine à placer sans cesse cette boule sur le zéro. La  comtesse Beauchamp du Bourg de Catinax, première maitresse du héros, comptabilise ses amants par le nombre de montres qu’elle a offertes aux hommes : 217 au total. L’argent se compte, se gagne et se perd en permanence. L’argent circule de main en main, comme ce sera le cas plus tard chez Bresson. Qu’est-ce qu’être riche ? :  » Un homme riche et celui qui dépense son argent ». Le personnage n’est pas naïf sur le cours de la vie,  mais il ne veut pas affronter la dure réalité des faits, mais les chiffres lui rappellent sans cesse la dure vérité, les milliers de francs qu’il possédait ainsi que son hôtel particulier sont engloutis par le jeu. Retour à zéro comme au début de son périple.  Guitry n’est pas immoral, il aspire à suivre les règles que la société glorifient, mais le monde ne tourne pas rond. Comme à la roulette, on ne maîtrise pas son destin, entre le rouge et le noir, c’est la roue du destin qui décide : viré par ce qu »il avait été honnête, il se trouve dans l’obligation de devenir un tricheur. Mais l’homme est digne, alors qu’il se déguise pour tromper la police, il a toujours gardé son vrai visage pour tricher dans les cercles de jeu. Reconnaissant parmi ses pigeons le soldat qui lui avait sauvé la vie pendant la guerre, il lui épargnera ses manipulations. Les aiguilles du temps sont aussi un marqueur impitoyables ; la comtesse le reconnaissant trente après grâce à sa montre va lui proposer de recommencer des larcins, mais Guitry possède plus d’un tour dans son sac pour rester dans le droit chemin.

Le grand théâtre de Guitry

Facétieux comme toujours, Sacha Guitry raconte autant son film qu’il ne le met en image. On connaît son goût pour les génériques où il présente et remercie  son équipe : acteur, technicien, compositeur … l’occasion de se mettre par ricochet en valeur. « J’ai toutes les prétentions, sauf celle d’être modeste » aime- t-il à se définir par l’une de ses célèbres maximes. Monsieur moi – comme ses détracteurs, pas forcément féroces, aiment à le qualifier entend bien contrôler son récit de l’intérieur. Dans un décor de théâtre, il prend place à la table d’une terrasse comme écrivain des mémoires du personnage, mise en abyme qui sera rattrapée au final par l’histoire contée. Les aventures du personnage relèvent de l’art du cinéma muet : savoureuses pantomimes, accélération des mouvements, visages éberlués, la grammaire cinématographique des premiers temps du cinéma permet toutes les fantaisies et les audaces de mise en scène. D’une éternelle modernité. En privant les acteurs du son de leurs voix,  la place se libère pour la voix-off, haut perchée, de Guitry. Péché d’orgueil ? Coquetterie du Maître ? Quand on possède autant d’esprit, cela devient une véritable obligation que d’user de ce privilège. Jouant avec la réaction de ses marionnettes, sur jouant sa moralité et ses outrances, bien plus qu’un contrepoint aux vingt-quatre images seconde, les commentaires de cette voie omnisciente mais dépassée par les évènements brillent par leur esprit. Inimitable et irremplaçable Sacha Guitry.

Réalisateur :

Acteurs : , , ,

Année :

Genre :

Pays :

Durée : 77 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Remorques. Sortie Blu-ray/DVD chez Carlotta

Remorques. Sortie Blu-ray/DVD chez Carlotta

Quittant la rade de Toulon et l’atmosphère délétère et gangrenée qu’il instille dans « L’étrange monsieur Victor », Jean Grémillon choisit celle, embrumée, de Brest où il s’attelle à dépeindre l’ épopée maritime tumultueuse des sauveteurs des cargos en perdition. Le réalisme est saisissant, porté par la romance chavirante du réalisateur et la poésie incantatoire des dialogues de Jacques Prévert.