Le Quepa sur La Vilni !

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<< Tout est possible grâce au cinéma. >>

On avait repéré Yann Le Quellec en 2012 avec son magnifique Je sens le beat qui monte en moi. Le revoici aujourd’hui avec son second (long) court métrage à l’énigmatique titre Le Quepa sur La Vilni !. Tout prend sens quand on remet les syllabes dans l’ordre. Panique sur la ville ! est le titre d’un film qui formera la première séance d’un cinéma qui ouvre dans un petit village du sud de la France. La démocratisation et l’accès à la culture est un enjeu majeur pour le maire du coin : « Si les gens ne vont pas au cinéma, il faut absolument que le cinéma vienne à eux. » Incarnant l’élu du peuple, le chanteur Christophe prend les choses très à cœur. Il apparaît tel un roi défroqué, sillonnant la campagne environnante à dos d’âne avec son adjoint à mi-chemin entre le personnage de Des Oiseaux petits et gros de Pasolini (1966) et de Don Quichotte. La référence à Cervantès est d’ailleurs soulignée par le nom de l’adjoint : Sancho. Le maire s’engage alors dans une lutte utopique : « La révolution culturelle est en marche. »

Cette lutte prend une forme surprenante. Pour annoncer l’ouverture du cinéma aux habitants du coin, le maire s’adjoint les services d’un ancien postier. Avec une équipe d’adolescents, il va jouer les hommes-sandwich à vélo à travers le territoire pour faire la promotion du nouveau cinéma. Bon an, mal an, dans l’ordre et dans le désordre, les lettres de Panique sur la ville ! vont rouler le long des cols ventés du massif des Corbières. Bernard Ménez incarne ce postier à la retraite qui va combler sa solitude avec cette ultime mission prise très au sérieux face à de jeunes assistants plus intéressés par leurs hormones que leur rôle à jouer dans une lutte qui ne les préoccupe pas. Seul l’un des jeunes, encore plus esseulé que lui, s’avère un soutien fidèle. Obsédé de cyclisme, le jeune homme ne parvient à partager sa passion avec les autres. Jamais écouté, jamais entendu, il reste souvent en retrait en arrière-plan, réparant un vélo tandis que les couples se forment. Comme le faisait déjà Je sens le beat qui monte en moi, Le Quepa sur La Vilni ! organise la rencontre de deux solitudes : celle de deux êtres projetés dans une société dans laquelle ils ne parviennent pas réellement à s’intégrer et qui les met à son banc car ils n’en comprennent pas les codes. Ménez s’enferme dans la réalisation jusqu’au-boutiste d’une mission presque ridicule que son regard transforme en épopée. Le jeune solitaire troque sa solitude contre des rencontres presque surréalistes avec Bernard Hinault, ancien champion cycliste dont on ne sait jamais vraiment si les apparitions à l’écran sont réelles ou le fruit de son imagination.

 

Avec cette avalanche de situations toutes plus incroyables les unes que les autres, Le Quepa sur La Vilni ! est drôle. Si Je sens le beat… s’orientait vers le comique burlesque quelque part entre Keaton, Tati et Etaix, Le Quepa est plus directement dans le registre de la farce. Une farce qui est souvent plus drôle par rebond qu’au premier abord. Ainsi si la traversée d’un village de hippies frivoles peut faire sourire, c’est surtout un deuxième passage chez eux qui s’avère hilarant : le village apparaît alors comme le regroupement de fous condamnés à la répétition hystérique (on se croirait dans Le Chant du Missouri de Minnelli, 1944) des mêmes gestes et chants à chaque nouvel arrivant. Si une note d’espoir parcourt le film, comme chez les plus grands comiques, le rire se teinte toujours chez Le Quellec d’un peu de tristesse. Comme déjà dans Je sens le beat…, chaque situation comique véhicule une solitude des personnages. Si la transcendance semble possible, elle est lente à venir et implique l’acceptation de son isolement et de son inadaptation. En Cervantès moderne, Yann Le Quellec s’offre alors comme le défenseur d’outsiders sublimes.

Le Quepa sur La Vilni ! sort en salles accompagné de Je sens le beat qui monte en moi. A voir absolument en attendant avec impatience le passage de Le Quellec au long métrage.
 

Titre original : Le Quepa sur La Vilni

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Durée : 39 mn


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