LE KIOSQUE

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Je vois des magazines TV, des gens perdus aussi peut-être. Des gens qui luttent. Je vois, un mauvais accent anglais. Terrible.

Quand le rideau de fer se lève c’est une nouvelle journée de travail qui commence. Au gré du va-et-vient des passant.e.s et malgré un temps pas toujours clément, le petit abris reste debout. Il est à bout de force pourtant, comme la mère d’Alexandra qui sert ses client.e.s depuis 25 ans déjà, mais il tient. Encore et toujours. Peu importe la météo, en dépit de la crise et le manque de considération des grands de la presse qui rendent la vie des vendeur.se.s bien compliquée. Heureusement pour le kiosque : il y a les habitué.e.s. Celles et ceux qui rythment les journées, les semaines, et les mois. Qui depuis des années sont là, fidèles au poste. Le documentaire d’Alexandra Pianelli est une véritable galerie de ces personnages. Un hommage à ces gens qui ont fait sourire sa mère, puis elle aussi, le temps qu’elle fut ici. 

La bienveillance de son fish eye n’a d’égale que celle des personnes incroyables que l’on rencontre. De ces moments de vie dans lesquels on se laisse plonger sans même s’y attendre. De ces gens à qui on s’attache sans l’avoir vu venir. Le kiosque est le point d’ancrage de Damien, un SDF toujours à la recherche de son chat. Le dernier rempart d’humanité face à la dureté de la vie. C’est aussi la cachette des fruits d’Islam, qui fuit son Bangladesh natal détruit par la guerre. Parfois il est aussi tout simplement la sortie du jour pour les retraitées comme Madame PiouPiou ou Christiane. Dans ce petit lieu en dehors du système s’échangent toutes les opinions, se partagent tous les points de vue. Autour d’un gâteau quand Mariouch est de passage ou empreint de gêne, parfois, quand les désaccords ont creusé un fossé intraversable. 

Le documentaire de Pianelli est une bouffée d’air frais qui nous rappelle à l’essentiel : l’humain. Car dans le kiosque tout le monde a la même place, du bourgeois du XVIeme qui vient se prendre Le Figaro à l’amateur de moto un peu pressé : ici, il y a une place pour vous. Et même si certains, à l’instard de Damien, finissent par partir pour un endroit que l’on espère meilleur, il ne demeure que les jolis souvenirs de ces intermèdes hors du temps. Sûrement que la mère d’Alexandra ne gardera dans sa mémoire que cela elle aussi, maintenant qu’elle part à la retraite. Abandonnant le kiosque tant qu’elle l’aime encore pour éviter de le haïr à s’épuiser en dedans. Désormais, quand vous passerez devant ces drôles de maisonnettes recouvertes de papiers : vous ne pourrez que sourire.

 

Article écrit dans le cadre du festival Premiers Plans.

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Durée : 78 mn


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