Le Héros de la famille

Article écrit par

Au > de Nice, Gabriel(le), le gérant, incarnait la star du cabaret. Travesti aux mille paillettes, il était le père adoptif, le frère confident, l´amant interdit, le fidèle ami, le fil rouge en somme d´une famille recomposée, éclatée. Les années s´envolent, la gloire aussi. Voyant ses souvenirs se dérober, il préfère s´en aller pendant qu´il […]

Au << Perroquet Bleu >> de Nice, Gabriel(le), le gérant, incarnait la star du cabaret. Travesti aux mille paillettes, il était le père adoptif, le frère confident, l´amant interdit, le fidèle ami, le fil rouge en somme d´une famille recomposée, éclatée. Les années s´envolent, la gloire aussi. Voyant ses souvenirs se dérober, il préfère s´en aller pendant qu´il en est encore temps. Mais son testament va en surprendre plus d´un. Les règlements de compte explosent, les tabous volent en éclats et les non-dits enfouis ressuscitent. Dans cet univers glamour mais lourd de secrets, où il est plus aisé de se travestir plutôt que de se montrer tel que l´on est vraiment ; connaît-on seulement ses parents, ses enfants, ses amis, et soi-même ?

A travers cette tragi-comédie familiale, Thierry Klifa traite des relations sentimentales, un thème qui lui est cher. Dans Une vie à t´attendre, son premier essai en 2004, cet ancien critique de cinéma, plume renommée de Studio Magazine, retraçait un chassé-croisé raté entre Patrick Bruel, Géraldine Pailhas et Nathalie Baye. Avec Le Héros de la famille, il signe à quatre mains, avec le scénariste Christopher Thompson, une partition sur le même thème sentimental, sans pour autant tomber dans des notes trop sentimentalistes. Les propos étant existentiels et universels, Klifa pose l´éternelle question de l´identité, qu´il confronte à celle de l´altérité : qui suis-je sans l´autre ? Réunis pour pleurer ce héros défunt, les membres de sa famille – de coeur plus que de sang – se meurent eux-mêmes, pour mieux se réinventer grâce aux autres.

Les dialogues, finement ciselés, de Christopher Thompson, révèlent des vérités que chacun ignoraient, des autres comme d´eux mêmes. La parole devient libératrice et la réalisation cathartique. Filmé en Scope, le film flirte ainsi avec l´indicibilité des sentiments grâce à des plans serrés. La caméra se fait alors intimiste : elle se faufile derrière les coulisses du cabaret, contrepoint idéal pour saisir le côté obscur des personnages. La narration est rythmée, entrecoupée de flash-back qui font irruption dans un présent balbutiant. Dans cette intrigue familiale, on est tenu en haleine par les aveux et désaveux des uns et des autres, oscillant entre passé et présent, les souvenirs refont surface dans un présent qui les dépasse. Mais de cette renaissance, chacun des personnages ressort transformé. Métamorphose qui constitue la réelle profondeur de cette comédie légère et enlevée.

Porté par une kyrielle d´acteurs renommés, Gérard Lanvin, Catherine Deneuve, Emmanuelle Béart, Claude Brasseur, Miou-Miou, Michaël Cohen et Géraldine Pailhas, Le Héros de la famille est un film glamour qui se noie sous les paillettes, dans décor de dancing kitch. L´ambiance nostalgique est empreinte du folklore des cabarets des années 50, entre seins nus et jambes de gazelle, strass et paillettes, velours pourpres et boule à facette, les décors sont léchés. La musique jazzy qui accompagne le film sert d´interlude romantique entre ce passé évanoui et ce présent à venir, susurré par la voix langoureuse d´une Emmanuelle Béart qui s´improvise chanteuse de blues. Gérard Lanvin, quant à lui, offre de la densité à son rôle de père inassumé, entre pitié que suscite cet illusionniste raté et la ténacité avec laquelle il rebondit, il livre une interprétation subtile, qui touche par son humanité banale. Et Catherine Deneuve, en peste égoïste, est vibrante de cruauté, de faiblesse et de sincérité. Claude Brasseur incarne avec retenue un personnage à éclipse, tant il est vrai que dans ce film, personne ne détient un rôle plus important qu´un autre. Dans cette pléiade de stars, chacun campe donc son personnage humblement, sans se faire d´ombre. Mais c´est peut-être cette égalité des protagonistes qui perd le spectateur dans cette confusion sentimentale, dans ce huis-clos familial dont on sort quelque peu écoeuré, asphyxié.

Titre original : Le Héros de la famille

Réalisateur :

Acteurs : , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 100 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

L’étrange obsession: l’emprise du désir inassouvi

L’étrange obsession: l’emprise du désir inassouvi

« L’étrange obsession » autopsie sans concessions et de manière incisive, comme au scalpel ,la vanité et le narcissisme à travers l’obsession sexuelle et la quête vaine de jouvence éternelle d’un homme vieillissant, impuissant à satisfaire sa jeune épouse. En adaptant librement l’écrivain licencieux Junichiro Tanizaki, Kon Ichikawa signe une nouvelle « écranisation » littéraire dans un cinémascope aux tons de pastel qui navigue ingénieusement entre comédie noire provocatrice, farce macabre et thriller psychologique hitchcockien. Analyse quasi freudienne d’un cas de dépendance morbide à la sensualité..

Les derniers jours de Mussolini: un baroud du déshonneur

Les derniers jours de Mussolini: un baroud du déshonneur

« Les derniers jours de Mussolini » adopte la forme d’un docudrame ou docufiction pour, semble-t-il, mieux appréhender un imbroglio et une conjonction de faits complexes à élucider au gré de thèses contradictoires encore âprement discutées par l’exégèse historique et les historiographes. Dans quelles circonstances Benito Mussolini a-t-il été capturé pour être ensuite exécuté sommairement avec sa maîtresse Clara Petacci avant que leurs dépouilles mortelles et celles de dignitaires fascistes ne soient exhibées à la vindicte populaire et mutilées en place publique ? Le film-enquête suit pas à pas la traque inexorable d’un tyran déchu, lâché par ses anciens affidés, refusant la reddition sans conditions et acculé à une fuite en avant pathétique autant que désespérée. Rembobinage…