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Le Fils d’un roi

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Cheyenne-Marie Carron continue son combat contre la pensée unique et elle tape encore dans le mille.

La pensée pré-mâchée et l’école bradée

Au moment où Emmanuel Macron et son gouvernement mettent à mal la République française comme aucun autre président de la Vème République n’avait pu le faire auparavant (et pourtant, on en a connu de sinistres), en instituant la malhonnêteté et le mépris comme règles suprêmes au détriment du soi-disant peuple souverain, ce film de Cheyenne-Marie Carron tombe à pic. C’est sûr qu’il va en faire grincer des dents bienpensantes, et il n’en manque pas dans le paysage au garde-à-vous des médias et de la critique français. Mais on ne peut enlever à la réalisatrice, dont c’est au bas mot le dixième long métrage, ni son courage, ni sa persévérance, ni son immense talent. De film en film, son style s’affine et évolue, on peut dire que ce dernier est d’une grande maestria tant sur le plan de la technique, que du casting et du jeu des acteurs. Les personnages sont criants de vérité et une mention spéciale doit être accordée aux deux jeunes comédiens, Arnaud Jouan et Aïmen Derriachi, qui interprètent leurs rôles de banlieusards avec une vérité criante, sans tomber dans la caricature comme le font la plupart des films français sur le sujet. Tout ceci est à noter d’autant plus que Cheyenne-Marie Carron se bat seule pour réaliser tous ses films, puisqu’elle n’a jamais reçu une seule aide du CNC, sans doute parce qu’elle n’est pas assez dans l’idéologie dominante.

La monarchie comme métaphore d’un monde meilleur

Mais entendons-nous bien, contrairement à ce que certains vont sans doute écrire, le film ne fait nullement l’apologie de la monarchie, loin de là. Comme elle nous y a habitués, Cheyenne-Marie Carron se bat pour que les idées soient respectées, pour que chacun ait le droit de s’exprimer et que l’on arrête avec le politiquement correct. En mettant en scène deux élèves de ZEP en lycée professionnel, c’est-à-dire les oubliés de l’Education nationale, qui s’aperçoivent qu’on leur a toujours menti sur l’Histoire de la France, elle veut que nous ouvrions les yeux et que nous cessions avec le discours mis en place par le pouvoir idéologique, qui a déformé la libre pensée en pensée unique. C’est contre cela qu’elle se bat depuis longtemps, et le monarchisme du jeune Elias d’origine marocaine et qui admire le roi de son pays, n’est qu’un prétexte pour nous servir un beau film encore sur la liberté de penser. On dirait que deux mondes s’affrontent dans ce film de deux heures, d’une grande intensité et bien mis en scène : le monde des adolescents qui émettent plus de doutes sur une République de plus en plus corrompue à leurs yeux, et dotée d’un système électoral qui leur ôte toute liberté de choix, et celui des adultes censés les instruire mais qui en réalité se contentent, en bons fonctionnaires, d’obéir aux diktats des programmes et de la pensée souveraine.

 

 

La désespérance des jeunes va faire mal

Les scènes de classe sont mille fois plus réalistes que celles de Entre les murs (2008) de Laurent Cantet pourtant palmé, et la salle des profs est présentée d’une manière à la fois absurde et sévère, le non-lieu du débat démocratique en fait. Le professeur d’histoire sans cesse en bute avec ses élèves, notamment Elias et Kevin, qui rêvent finalement d’un monde meilleur, où le rêve et le sacré retrouveraient leur place. Peut-être s’illusionnent-ils en optant pour la monarchie, mais ce film métaphore veut sans doute nous réveiller en nous montrant que la jeunesse aux coeurs ardents aspire à autre chose que la culture pré-mâchée qu’on leur impose et le consumérisme frénétique qui entrave leur vie. « En discutant avec un ami, devenu monarchiste depuis, explique la réalisatrice dans sa note d’intention, j’ai réalisé avoir retenu de l’Histoire de France ce que les programmes scolaires ont bien voulu me transmettre – généralement, en ce qui concerne le passage de la monarchie à la République, que les Rois ont tendance à être des tyrans tandis que les Révolutionnaires sont tous des héros… Mais à partir de cette discussion, j’ai pu découvrir un autre versant de notre Histoire, bien plus riche, plus complexe et plus nuancé que ce qui m’avait été enseigné jusqu’alors, ainsi que des valeurs oubliées qui mériteraient d’être rappelées à la société actuelle. »

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