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Le Dernier roi d’Ecosse (The Last King of Scotland)

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Après La Mort suspendue et Un jour de septembre, fictions-documentaires intéressantes (en particulier la première, remarquable d’intensité), Kevin MacDonald revient avec Le Dernier Roi d’Ecosse (The Last King of Scotland), où il mélange là aussi documentaire et fiction. Pour La Mort suspendue, MacDonald avait refusé le concours de Tom Cruise. Ici, il s’appuie sur un […]

Après La Mort suspendue et Un jour de septembre, fictions-documentaires intéressantes (en particulier la première, remarquable d’intensité), Kevin MacDonald revient avec Le Dernier Roi d’Ecosse (The Last King of Scotland), où il mélange là aussi documentaire et fiction. Pour La Mort suspendue, MacDonald avait refusé le concours de Tom Cruise. Ici, il s’appuie sur un casting plutôt impressionnant qui laissait percevoir une « grosse machine » : Forest Whitaker, Gillian Anderson, Kerry Washington, James McAvoy notamment. Bien lui en a pris, les performances des comédiens aidant pour beaucoup à la réussite de son film.

Tout commence pourtant très mal. La première partie du film peine à trouver le ton juste. Les choix de mise en scène sont étranges, les ruptures stylistiques peu fluides. Difficiles de passer du panoramique sur les paysages africains à des plans serrés appuyés par des images granuleuses, sans perdre sa crédibilité. On sent tout de suite la volonté de mêler documentaire politique et fiction (fiction inspirée de faits réels). Mais la réalisation, en voulant jouer sur les deux fronts, manque de cohérence et d’unité. A cela viennent se greffer des inserts et des transitions plus que douteuses, et surtout quelques répliques d’un pathétique qui laisse présager le pire. Le récit lui aussi inquiète, canevas idéal à de nombreux clichés sur « l’homme blanc » parti à la découverte des populations indigènes.

L’histoire est celle d’un jeune Ecossais, Nicholas Carrigan, fraîchement diplômé d’un doctorat en médecine. Etouffé par sa famille, son père en particulier, il décide de partir à l’aventure, dans un pays lointain. Ce sera… l’Ouganda ! A peine arrivé, il fait la connaissance du nouveau président Amin qui vient de renverser l’ancien dictateur. Les deux personnages éprouvent un respect mutuel qui se mue peu à peu en amitié. De docteur personnel du président, Carrigan devient son conseiller le plus proche. Situation qu’il accepte avec honneur jusqu’à ce qu’il prenne conscience des méfaits du régime dictatorial d’Amin.

Le film prend alors son envol. Comme La Mort suspendue, Le Dernier Roi d’Ecosse devient effrayant. Effrayant, parce que l’on sait que l’histoire qui nous est relatée a réellement pris place, à un moment et dans un pays identifiés. Chose étrange, le récit atteint un degré d’intensité telle qu’on oublie l’aspect documentaire pour plonger au plus profond dans l’histoire incroyable de cet homme un peu naïf, dont la jeunesse sera toute proche de provoquer la perte. Les clichés de la première partie volent en éclat, laissant place à un récit très peu manichéen (la performance vraiment extraordinaire de Whitaker n’y est pas étrangère).

Le grand mérite du cinéaste est d’éviter toute visée politique. Son film n’est pas « engagé ». Il met surtout en scène deux personnages très forts. Les liens qui se tissent sont ambigus et subtils, entre attraction et répulsion. Amin est lui-même ambigu. Avant d’être montré comme un sanguinaire dictateur, il est en premier lieu décrit comme un homme torturé, dont les motivations sont peu claires (mais pourquoi donc s’entiche-t-il d’un jeune blanc-bec écossais ?). Alors on pourra toujours accuser MacDonald, dans la veine d’un film comme La Chute, d’humaniser par moments le président-dicateur, notamment lorsque celui-ci raconte au jeune docteur ses origines pauvres. Mais ces séquences participent plus à la description psychologique du personnage. Peut-être est-ce là une sorte de théorie, peut-être le cinéaste voulait-il nous indiquer qu’en vertu de ses origines pauvres, Amin avait surtout peur de perdre le pouvoir, et s’y accrochait par n’importe quel moyen, fusse-t-il destructeur.

Et c’est bien la peur qui traverse in extenso Le Dernier Roi d’Ecosse. Peur que les personnages eux-mêmes ressentent, broyés par les mécanismes du pouvoir, sentant leur destin tenir à un fil. Et peur du spectateur lui-même, car finalement, tout cela nous échappe un peu. Au final, on pourra tout de même adresser quelques reproches au film. Le Dernier Roi d’Ecosse prend son temps, peut-être un peu trop, mais monte ostensiblement en intensité jusqu’au final, très marquant. Dommage que la première partie se soit révélée aussi ratée…

Titre original : The Last King of Scotland

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Durée : 125 mn


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