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Le Chant du merle

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En digne héritier de René Féret, Frédéric Pelle offre un film intimiste et sensuel sur les affres de l’amour non partagé.

Avec ce très beau film, et après avoir été son assistant, Frédéric Pelle se présente comme le fils spirituel de René Féret, hélas récemment disparu. D’ailleurs, Le Chant du merle lui est dédié « parce qu’il nous a énormément aidés, déclare-t-il dans le dossier de presse. Je dis nous parce que j’ai écrit le film avec ma compagne, Orlanda Laforêt. Nous avons bataillé pendant plus de deux ans sur le scénario, et René est intervenu dans la dernière ligne droite, notamment sur les dialogues qu’il a vraiment vivifiés. […] Il a eu le temps de le voir et il était content. » Ce n’est pas la seule filiation qu’on peut découvrir entre les deux réalisateurs. Frédéric Pelle est notamment aussi producteur de ses six courts métrages et son long métrage La tête ailleurs (2010), ce qui lui permet, de son propre aveu et comme René Féret, d’avoir une plus grande liberté d’action. De plus, très proche de la réalité sans être néoréaliste, il s’inspire de la vie de tous les jours pour écrire ses films. Ainsi l’histoire du Chant du merle est née de plusieurs séjours qu’il fit à l’Hôtel de la Tour à Aubazine, petit village de Corrèze, avec sa compagne. On leur raconta l’histoire de cette serveuse tombée sous le charme d’un type un peu louche et qui avait quitté l’hôtel. Du coup, le réalisateur et sa scénariste retracent peu à peu cette histoire, qu’ils vont jusqu’à écrire dans l’hôtel même, et qu’ils mettront en scène sur place avec une équipe légère et un mélange d’acteurs professionnels et de personnages réels comme le vieil homme incarné par Pierre Bouysset qui habite le village, le serveur mais aussi le maître d’hôtel. Les acteurs professionnels sont magnifiques à commencer par la jeune Adélaïde Leroux ; mais aussi le représentant de commerce incarné par Nicolas Abraham, un ami du réalisateur qui intervient dans quelques-uns de ses films ; Patrick d’Assumçao, découvert dans L’inconnu du lac (Alain Guiraudie, 2012) ; et Myriam Boyer, qu’on ne présente plus, dans le rôle de la mère d’Aurélie.

Même dans sa manière intimiste et délicate de présenter cette petite histoire qui ne va pas sans évoquer, par moments, la nouvelle Un cœur simple de Gustave Flaubert, le film est très fort et ne s’oubliera pas facilement. Il distille une petite musique qui s’installe dans notre souvenir tout en évoquant notre propre vie, nos amours illusoires et nos désillusions. Cœur simple, timide et réservée, Aurélie attend que quelque chose bouscule sa vie dans ce petit village où elle vit entourée de sa mère, du vieux monsieur dont elle s’occupe et qui est le père du directeur de l’hôtel-restaurant où elle travaille. Avec son air provincial dans le bon sens du terme, Adélaïde Leroux, présente dans presque tous les plans, s’impose vraiment et donne à ce film précieux toute son âme. Un film qui sait utiliser les petites choses de la vie, comme le chant du merle qu’elle siffle à la perfection ou les cours d’un vrai ornithologue du cru, Jean-Michel Teulière, dont le réalisateur saura garder un moment magique, celui où en imitant le chant du coucou, il parvient à le faire apparaître réellement dans l’image. Film sans presque aucune musique, sauf ce passage où un groupe de blues local interprète une chanson de Manu Chao dans un bar, et réalisé en seulement 23 jours en décors 100% naturels, avec la belle image d’Olivier Banon, Le Chant du merle n’est pas loin du chef-d’œuvre.

Titre original : Le Chant du merle

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Durée : 80 mn


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