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Le Cercle rouge

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Les gangsters de Melville : autre chose que des beaux parleurs.

Le film noir a connu de très beaux jours entre les mains de Jean-Pierre Melville , à l’image des scènes d’action du Cercle rouge, où tout est silence et longueur. Cet avant-dernier film, le cinéaste l’a longuement réfléchi, mettant en œuvre ses plus grandes références. Avec Un Flic (1972), Le Cercle rouge clôt ainsi majestueusement la série noire mise en place par Melville tout au long de sa carrière.

La relation, calme et réservée, se construisant entre Vogel (Gian Maria Volontè) et Corey (Alain Delon), semble être la seule chose en laquelle croire encore dans ce monde si noir et si instable. Le montage des premières séquences du Cercle rouge impose une alternance entre les deux hommes, établit une cadence qui va rendre leur rencontre inévitable. Vogel, arrêté par Matteï (André Bourvil) et transféré par voie ferroviaire, fait mine de s’assoupir pour mieux tromper le policier et s’enfuir. Au même moment, Corey, dans sa cellule de prison, sommeille. Le montage fait se succéder des plans des deux hommes endormis et, par là même, les lie dès le début du film. Cette mise en relation est également suggérée au niveau sonore, le bruit du train en marche permettant de relier ces deux espaces en apparence incompatibles.

 
Endormis ou déjà morts ?

Vogel va prendre la fuite. Corey, lui, est remis en liberté. La mise en scène abandonne les intérieurs sombres pour des extérieurs au bleu délavé, gris métallique. Le Soleil n’abrite pas les gangsters du Cercle rouge. Le film est noir. Chacun va suivre son propre chemin jusqu’à ce que leur parcours ne fasse plus qu’un. Rien, chez Melville, n’est dû au hasard.


Duel

Le coffre de la voiture de Corey est le lieu où toutes les situations vont se mettre en place. Dans un premier temps, avant de partir de Marseille vers Paris, Corey prend soin de placer un revolver en sûreté, et surtout en cachette, dans un coin du coffre. Au cours de son voyage a lieu un premier contrôle de police, qui se déroule sans heurts. C’est lorsque Corey laisse sa voiture sur un parking, le temps d’aller se rassasier dans un restaurant, que Vogel va se cacher, ce n’est pas un hasard, dans le coffre de ladite voiture. Corey le sait, le sent, et lorsqu’un second contrôle de police aura lieu, Corey fera comme s’il détenait une mauvaise clé. Impossible d’ouvrir le coffre. La tête de celui qui est déjà son camarade est pour l’instant sauvée. Pour l’instant. Quand ce dernier sortira enfin du coffre pour venir à la rencontre de Corey, celui-ci ne sera pas surpris. Comme si tout était, de toute manière, prédit.

 
La symétrie d’une amitié naissante

La rencontre entre Corey et Vogel s’apparente à un véritable coup de foudre, digne des plus beaux duels de cinéma. Les réactions, animales, qu’ils entretiennent l’un pour l’autre, sont finement scrutées par la caméra. Vogel, craintif, le visage tendu, se tient sur ses gardes. La bouche crispée, le regard fixe, il tient à bout de bras son arme pointée vers Corey. Le regard de ce dernier est lui plus serein et les beaux yeux bleus-gris de Delon y sont sûrement pour quelque chose. Entre force et prudence, il réussit à apporter à son personnage un aspect véritablement paradoxal, entre le loup dangereux et l’homme de confiance. Le rythme du champ/contrechamp s’adoucit, ralentit, en même temps que les deux hommes semblent s’apprivoiser.

Entre eux une certaine distance physique sera toujours respectée, c’est l’objectif de la caméra qui va se charger de les rapprocher. Le zoom possède diverses fonctions, toutes significatives. Comme dans d’autres films, le zoom devient vision subjective (ici, respectivement, celles de Corey et de Vogel) se focalisant sur un point précis. On se souvient du regard que lance Mathilde (Simone Signoret) sur l’arme qui la vise à la fin de L’Armée des ombres et le zoom qui s’ensuit adoptant le regard de cette femme ne voyant plus rien d’autre que ce revolver pointé sur elle. Pareillement ici, il capte les émotions et la vulnérabilité de ces hommes à l’apparence si dure. La focalisation nous rapproche au plus près de ces regards qui en disent long. Le silence domine tout le film et, au moment de cette rencontre, sa prédominance accentue la prégnance d’un regard, celui de Corey en l’occurrence, qui à lui seul, signifie « Fais-moi confiance ».

Durant ce champ/contrechamp, où chacun est à la fois grave et imperturbable, l’objectif de la caméra zoome à une telle vitesse qu’on croirait qu’une arme est pointée sur eux et que l’on suivrait, avec une rapidité extrême, la trajectoire d’une balle. Préambule à ce qui leur arrivera, inévitablement, plus tard.

Titre original : Le Cercle rouge

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Durée : 140 mn


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