Le Beau Monde

Article écrit par

Le propos sociologique indigent ôte tout intérêt à la bluette amoureuse.

Le joli couple du film feuillette ensemble un livre d’art. Alice, devant les matériaux et tissus du mouvement Supports/Surfaces ou de l’Arte Povera, demande timidement : « Mais qu’est ce qui fait que c’est de l’art ? » Ce à quoi son galant s’empresse de lui expliquer que – c’est l’idée, le projet tu vois, la conscience du geste artistique – qui fait qu’un bout de tissus lacéré sera a posteriori de l’art. On remercie pour cet exposé allégrement schématique sur l’art contemporain.

A l’avenant, les personnages bourgeois du film, ceux du « Beau Monde » donc, comme l’amoureux Antoine, se croient investis du savoir et détenteurs de la culture qu’il faut. Quant à la pauvre, elle a l’instinct, le véritable talent artistique, puisqu’il est brut et sans grands discours. Croyant prendre à revers les attendus sociologiques, la cinéaste manifeste des préjugés bien pires encore plaqués sur des personnages qui n’en demandaient pas tant. Ainsi, les pauvres aiment la télé et la Kro en travaillant sur les marchés mais sont vraiment gentils, tandis que les bourgeois pédants passent leur temps à pistonner leurs enfants tout en s’extasiant cyniquement sur des barres HLM. Seul trouve grâce aux yeux du film le personnage joué par Sergi Lopez, prolo ayant grimpé les échelons sociaux grâce à son talent mais demeuré humble. Un homme bien quoi.

Le grand drame du Beau Monde est finalement cette espèce de populisme bas du front, qui entend « délicatement » « nuancer » ses opinions mais continue d’alimenter une vision binaire et dépassée de la société, s’épinglant doublement le manque flagrant de cinéma à l’affaire. Le casting méritait mieux, d’Ana Girardot à l’excellent Bastien Bouillon, mais aussi Aurélia Petit – qui, il ne faut pas lui enlever, joue bien les riches revêches, cf Le Temps de l’aventure – sans qui toute cette histoire aurait eu un goût plus amer encore.

Titre original : Le Beau Monde

Réalisateur :

Acteurs : , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 95 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..