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La Guerre des boutons

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Aux armes les enfants ! La guerre commence…

Coup sur coup, ce n’est pas une mais deux nouvelles adaptations de La Guerre des boutons qui déboulent sur les écrans. Damant le pion à Christophe Barratier (Les Choristes), Yann Samuell dégaine le premier ce mercredi. Passons sur la pathétique compétition entre les deux productions. Gageons qu’à défaut d’avoir eu une attitude responsable – la guerre des boutons en ce sens n’est pas que dans le film – les deux films semblent s’assurer de voir leurs entrées respectives réduites, là où, vu les noms engagés (Samuell/Elmosnino/Seigner/Chabat d’un côté, Barratier/Merad/Casta/Jugnot de l’autre), la sortie d’une unique Guerre aurait pu lui valoir un succès plus que respectable.

La tentation d’une nouvelle adaptation était évidemment tentante. Le roman de Louis Pergaud (1912) et sa deuxième adaptation cinématographique par Yves Robert en 1962 (Jacques Daroy et Eugène Deslaw en avait donné une première en 1936 : La Guerre des gosses avec une apparition du tout jeune Charles Aznavour) font partie des monuments de la culture française. Pourquoi donc ne pas s’assurer un succès facile, en ces temps de crise, en surfant sur la nostalgie et la vague passéiste qui sévit dans le cinéma français (La Fille du puisatier de Daniel Auteuil) ? Or première surprise, Yann Samuell n’exploite finalement pas tant que ça la veine du « c’était mieux avant », ce que l’on redoute fortement pour celui de Barratier.

 
Dans le Sud de la France, pas de grands changements, les gamins de deux villages voisins se castagnent toujours de génération en génération avec pour but ultime la prise des boutons de l’adversaire qui lui vaudra une sacrée raclée de la part de ses parents. Du début du siècle, l’action se transporte dans les années 1960 avec la guerre d’Algérie en très vague toile de fond (expédiée en deux séquences et finalement guère intéressante pour le récit) et accorde, l’époque changeant, une importance plus grande aux personnages féminins. Le film permet surtout à Samuell de prolonger son attrait pour la représentation de l’enfance déjà entrevue dans ses précédentes réalisations (Jeux d’enfants notamment). Le sujet s’y prêtant à merveille, le film donne en plein dans le plaisir des joies de l’enfance accolé au romantisme vaguement symbolique, et surtout ronflant, du réalisateur. Dans certains moments, La Guerre des boutons n’est guère éloignée de l’esthétique Herta (« Restituer à l’enfance le goût des plaisirs authentiques » dixit Samuell). Alors certes, leurs réclames pour le jambon ou la pâte feuilletée sont charmantes, mais il est singulièrement triste de ne pouvoir représenter l’enfance autrement. Le film multiplie ainsi les séquences pleurons dans les chaumières ou beauté de la solidarité sur fond de guitare émouvante. D’autant plus que dès qu’il s’agit de mettre en scène une action un poil plus complexe (une bataille, un match de foot…), il n’y a plus personne et on ne comprend même plus ce qu’on regarde.
 
 




« Y a d’la haine »


Le plus gênant, voire troublant, dans cette nouvelle Guerre, c’est de constater, et ce malgré les dires de ses réalisateur et producteur, la totale absence de résonance du film aujourd’hui. Il ne s’agit pas ici d’évoquer l’histoire même ou le roman de Pergaud, mais bien le film de Samuell lui-même. Peut-il être autre chose qu’une vignette vintage sur les joies de l’enfance ? On pourrait miser sur les difficultés financières et familiales, l’ascension sociale par la valeur personnelle… Mais à l’échelle de cette Guerre des boutons, cela ne tient pas. Le film est un objet fondamentalement clos sur lui-même dans lequel le déplacement historique ne parvient pas effacer l’isolement et l’enfermement sur son regard éventuellement attendrissant ou consternant selon qui porte les yeux dessus. Sans même compter sur le fait que l’on se repaît depuis bientôt un siècle de la représentation d’une haine enfantine, reconduite tacitement de génération en génération et encouragée par les adultes. La réconciliation finale des deux professeurs dans le film n’effacera en rien la haine quasi névrotique de l’un des enfants levant une barre de fer sur un autre. Cette double adaptation simultanée de cette vieille histoire ne peut finalement que faire hausser les sourcils quant au bien-fondé de l’image que la production et le public se font de l’enfance, et par extension de la société.

Titre original : La Guerre des boutons

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Durée : 109 mn


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