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La Cité interdite (Man cheng jin dai huang jin jia)

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« Les occidentaux peuvent apprécier la culture chinoise à travers de mes films ; c’est un bon moyen pour la promouvoir ». C’est peut-être une des raisons pour laquelle le réalisateur Zhang Yimou nous avait déjà comblés avec des épiques lourdement saisonnés d’arts martiaux tels que Hero ou House of Flying Daggers. A travers ceux-ci, […]

« Les occidentaux peuvent apprécier la culture chinoise à travers de mes films ; c’est un bon moyen pour la promouvoir ». C’est peut-être une des raisons pour laquelle le réalisateur Zhang Yimou nous avait déjà comblés avec des épiques lourdement saisonnés d’arts martiaux tels que Hero ou House of Flying Daggers. A travers ceux-ci, nous avons pu apprécié la beauté des décors et la subtilité de la chorégraphie, reflétant le raffinement artistique que les Chinois possèdent, ainsi que la subtilité du scénario qui, malgré sa simplicité apparente, ne tombaient jamais dans la « bêtise hollywoodienne ».

Dans la La Cité Interdite, Yimou ne dispense pas les scènes de combat (le réalisateur le pointe comme son troisième film d’action) mais l’intrigue y conquiert une plus grande importance que les arts martiaux. On se retrouve ainsi en pleine Chine du Xème siècle, au moment de la célébration du Chong Yang. Mais si les préparatifs de la fête battent leur plein, celle-ci est troublée par un complot dont l’origine est la haine réciproque qui empoisonne le couple Empereur-Impératrice. Du côté des enfants, il est difficile de savoir pour qui prendre parti.

S’il y a une chose qui marque l’histoire, c’est qu’elle semble tout droit sortie d’une tragédie grecque : inceste, trahisons, empoisonnement… Toutefois, si cela est plutôt compréhensible au début, on la deuxième moitié du film se révèle vite confuse. En gros, on ne sait plus qui veut tuer qui et pour quelle raison exactement. A ce scénario légèrement trouble, s’ajoutent la grandeur des décors et l’opulence des scènes (les dizaines de milliers de soldats lors d’une scène de bataille nous rappellent même à certains moments le Seigneur des Anneaux), mais qui, cette fois, ont perdu toute leur subtilité. On est loin de House of Flying Daggers.

En gros, Yimou a tout misé sur la quantité. Ce n’est pas incompréhensible, vu qu’un des objectifs était de nous transmettre l’opulence dans laquelle baignait la famille impériale à l’époque. Mais La Cité interdite est conséquemment plus proche d’un « blockbuster » américain que d’une œuvre respirant la « Chine authentique ».

Ce film nous amène donc à réfléchir au véritable intérêt du cinéma d’action chinois moderne. En gros, pourquoi devrait-on aller les regarder ? Qu’est ce qui les distingue des autres productions ? Car si quantité et la grandeur sont leurs seuls arguments, autant rester chez soi et regarder Rambo pour la énième fois. C’est en effet la subtilité, la sophistication de chaque scène qui nous éblouit dans ce genre de film. Tigres et Dragons, un des premiers films du genre reconnu en Occident, reste inoubliable. C’est bien évidemment une production légèrement adaptée aux goûts occidentaux (Ang Lee était déjà bien habitué aux mœurs hollywoodiennes), mais elle évita avec grande adresse la vulgarité et l’évidence de films d’action traditionnels. En sortant du film, il restait bien quelque chose d’insaisissable dans sa beauté ; on ne pouvait jamais complètement restituer les émotions ressenties. Yimou avait parfaitement achevé cette recherche de l’esthétique dans Hero et House of flying daggers. Son dernier long-métrage n’en est qu’un piètre émule.

Ainsi, La Cité Interdite n’est pas un film complètement inintéressant : il vaut la peine d’être vu, mais il décevra ceux qui ont apprécié les films antérieurs du genre. Et ce parce que la recherche de l’esthétique y est bâclée : le réalisateur semble avoir oublié de glisser dans la grandeur et la quantité la touche de subtilité qui marquait si bien son oeuvre. Il ne nous reste qu’à espérer que cette légère dérive soit corrigée lors de son prochain long-métrage. Sinon, il vaudra mieux aller voir les émules de Terminator qui, au moins, n’essaient même pas de simuler la sophistication.

Titre original : Man cheng jin dai huang jin jia

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Durée : 112 mn


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