Ibrahim

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Premier long-métrage de Samir Guesmi, « Ibrahim » touche au cœur.

Un film sur le manque

Ce film que nous offre Samir Guesmi, qui y tient le rôle du père, est un petit bijou de tendresse, une déclaration d’amour, un cri du cœur. Père et fils vivent ensemble sans trop de problèmes dans un petit appartement de Paris jusqu’au jour où le fils, Ibrahim, commet une grosse bêtise, entraîné par son camarade de classe, Achille. Ce dernier n’en est pas à son coup d’essai, alors qu’Ibrahim veut mollement vivre son rêve de devenir un autre Ibrahimovic Zlatan. Cela pourrait faire un petit polar de télé mais devient un film entier sur le manque – le manque d’argent, le manque de dents, le manque de femme puisque la mère présente en filigrane est décédée : le manque d’amour en fait, jusqu’à la fin du film qu’on vous laisse découvrir.

Des détails infimes et intimes

Ce film sur le manque est aussi un film presque muet, il ne se passe presque rien dans la vie de ce père, écailler à la grande brasserie Royal Opéra. Il ne communique guère avec le monde extérieur, ni même avec son fils, mais on sent qu’une grande tendresse se cache derrière cette retenue presque maladive, à l’image des relations que Samir Guesmi, selon ses propres dires dans le dossier de presse du film, a eues avec son propre père. Mais Ibrahim est aussi un film qui ne donne aucune piste au spectateur, et qui le laisse s’immerger dans un monde fait de petits riens, de petites douleurs, sous le regard de la caméra, par des détails infimes. « Je me suis appuyé, déclare Samir Guesmi, sur des micro-détails de la vie quotidienne : le tatouage d’Ahmed évoque son passé de voyou ; un cendrier rempli de mégots raconte une nuit sans sommeil ; un papier froissé dans une poubelle exprime le renoncement d’Ahmed à aller au bout de son projet. Les gestes et objets peuvent éclairer notre compréhension de l’histoire et s’affranchir de commentaires. »

Un jeune acteur à l’écoute

Et tout cela n’est pas seulement proposé par une caméra attentive, mais aussi par les yeux très observateurs du jeune acteur, Abdel Bendaher, qui incarne Ibrahim et démontre un sens aigu de l’écoute et du jeu de l’acteur, presque intuitif. Il faut d’ailleurs saluer ici son travail incroyable car tout le film repose sur lui, sur ses silences, ses peurs, ses secrets et l’amour dont il manque et qu’il finira par trouver au sommet du génie de la Bastille. « Il a une écoute incroyable, confie le réalisateur. Un acteur qui sait écouter a fait 90% du travail. En l’occurrence, oui, Ibrahim est un personnage qui est constamment en état de réceptivité ; il est en réaction aux choses autour de lui. J’avais envie que les choses le traversent et que cela soit lisible sur son visage. »

Un beau travail d’équipe

D’où un très beau film, attachant et lancinant, comme une douleur longtemps tue et qui ne demande qu’à s’épancher. Nous ressentons pour tous ces personnages une tendresse particulière, d’autant qu’ils sont magnifiquement interprétés par des acteurs hors pair comme Rabah Naït Oufella, Luana Bajrami, Philippe Rebbot et Marilyne Canto dans le rôle d’une professeur de français inoubliable et tendre, presque une mère de substitution pour Ibrahim. Et quand on dira aussi que ce film assez court, ce qui est une qualité de nous jours, repose sur un scénario béton de Samir Guesmi et qu’il est magnifiquement éclairé par Céline Bozon, on aura presque tout dit pour donner envie aux spectateurs d’aller le voir dès sa sortie pour soutenir aussi le cinéma et les salles.

 

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Durée : 80 mn


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