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Gutland

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Bienvenue au Luxembourg…

La campagne profonde

Avec Gutland, autrement dit « le bon pays », Govinda Van Maele, jeune réalisateur luxembourgeois d’origine sri-lankaise, a été récompensé dans divers festivals, dont ceux de Toronto et d’Angers (Premiers Plans). C’est un film très intéressant qui s’inspire un peu des modèles du genre comme Scènes de chasse en Bavière (Peter Fleischmann, 1969) ou, par exemple, An history of violence (David Cronenberg, 2005), ou encore certains westerns. En effet, le personnage central du film serait, selon le réalisateur, ce petit village retiré du Luxembourg où vient se réfugier un homme solitaire qui va faire exploser les codes et faire apparaître aussi les secrets enfouis et les cadavres dans les placards, en l’occurrence dans les fosses à purin, campagne profonde oblige. « Le village, une communauté isolée dans un espace circonscrit, confie Govinda Van Maele au dossier de presse, est souvent utilisé comme métaphore du monde. C’est aussi l’expression souvent évoquée pour parler de mon pays natal, le Luxembourg, en raison de sa petite superficie et de la proximité sociale qui en résulte. La prédominance du monde agricole exerce toujours une forte influence dans les mentalités actuelles du Luxembourg et cela m’a inspiré. »

 

Des acteurs magnifiques

Mais ce sont surtout les acteurs qui s’imposent dans ce film aux couleurs pré-automnales magnifiques de Narayan Van Maele (une affaire de famille ?) qui en accentuent le côté sensuel et désespéré. La caméra dévore carrément des yeux le corps et la présence à la fois anxiogène et érotique de l’acteur principal, Frederick Lau, originaire de Berlin et qui pourrait bien s’imposer grâce à ce petit film qui mérite d’être vu. Sa beauté sauvage et indomptée, presque jusqu’à la fin du film quand il parviendra à la maturité et coupera ses cheveux comme un certain Samson (d’où l’affiche double face à la Janus), est mise en valeur dans le face-à-face avec Vicky Krieps, dans le rôle de Lucy, la fille du maire, belle et étrange qui deviendra très vite sa maîtresse. Un couple de western, des figures de révoltés qui se rencontrent dans la fougue et la violence, la vindicte et le malaise qui plane sur ce village hautement érotisé, même si on a du mal parfois à suivre ce qui s’y joue.

 

 

Une mise en scène maîtrisée

Cependant cela n’est pas très important, et ne nuit nullement à ce film prometteur qui va plus loin bien que le thriller social. Il donne une bonne radiographie de ce pays réputé pour être une sorte de petit paradis fiscal, mais plus encore une sorte de village, où on peut à la fois se cacher et découvrir ce que les autres cachent. Film métaphorique et un peu sulfureux, Gutland, au titre en forme d’antiphrase, ne laissera personne indifférent. « Cet archétype de la mise en péril d’une identité par un individu ou un groupe étranger, déclare encore Govinda Van Maele, touche ainsi un des points sensibles de notre société contemporaine confrontée actuellement à des crises profondes. […] Préférons-nous assimiler – si ce n’est rejeter – l’intrus afin de conserver notre identité propre ? » C’est en effet cette question taraudante que le film soulève.

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Durée : 107 mn


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