Gloria Mundi – 2

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Mêlant Pagnol et Karl Marx, Robert Guédiguian rate un peu sa cible, et notre monde reste aussi inhumain.

Fable marxiste trop diluée

« L’art ne change rien à la vie, hélas », aurait dit un jour le très inspiré Woody Allen. Il en va ainsi avec ce nouveau film de Robert Guédiguian, son vingt-et-unième si l’on compte bien. Hélas, encore une fois, il s’embourbe dans la bouillabaisse marseillaise, répétant les mêmes erreurs que dans La Villa en 2017. Pétri de bonnes intentions, s’admirant un peu trop dans le miroir flatteur que lui tendent des médias complaisants, Robert Guédiguian dont on ne doute pas une seule seconde de l’honnêteté intellectuelle, veut nous servir une fable marxiste, mais il se perd trop dans les détails, voulant aborder en fait tous les problèmes de notre société moribonde. Cependant, il y en a trop, il faudrait se contenter de faire un focus sur l’un d’entre eux qui va devenir le centre du film et éviter de trop diluer son propos. A titre comparatif, et puisqu’ils sortent à quelques semaines à peine d’intervalle, on peut le comparer à l’épure magistrale de Ken Loach, Sorry, we missed you puisque ces deux films abordent, de manière différente, luberisation de notre société contemporaine. Si Ken Loach est magistral dans cette dénonciation qu’il veut frontale et politique, Robert Guédiguian, comme à son habitude, se perd dans le mélo, pour ne pas dire le méli-mélo.

La petite troupe habituelle est fatiguée

On y retrouve la petite troupe de Marius et Jeannette, mais les héros sont fatigués et ils ont du plomb dans l’aile, n’est pas Pagnol qui veut, ni a fortiori Brecht. Et Ariane Ascaride, pourtant auréolée d’un prix d’interprétation féminine à Venise, fait bien pâle figure dans ce rôle de mère de famille, technicienne de surface comme on dit quand on se veut politiquement correct, dans un Marseille dévasté par la mondialisation, la précarité et l’arrivisme dénaturé de jeunes loups qui se lancent dans le commerce, dont l’une de ses deux filles. Ariane Ascaride fait preuve ici du même sens du tragique qu’Orange Demazis qui interprétait le rôle de Fanny dans la trilogie de Marcel Pagnol, mais aussi Angèle du même metteur en scène dont elle fut la muse et la maîtresse, mais dont le talent fut souvent critiqué.

Une tragédie grecque ratée

On le sent bien, Robert Guédiguian, en reprenant le titre d’un film de Nicos Papatakis (1976), ne veut pas lui rendre hommage mais reprend la célèbre locution latine Sic transit gloria mundi, autrement dit Ainsi passe la gloire du monde, qu’on rappelait à chaque intronisation papale pour rappeler au souverain pontife la vanité de la gloire. Mais cette locution aurait été peut-être trop longue pour un titre de film, elle a donc été tronquée. On la retrouve toutefois en son entier dans le titre du générique d’ouverture. Ainsi, Robert Guédiguian veut nous rappeler, non pas que nous sommes mortels et fragiles, mais que le monde change et qu’il faut s’adapter ou périr. C’est cette dualité qu’incarnent en fait les deux demi-soeurs qu’il voudrait en tragédiennes grecques dans leur opposition quasiment métaphorique. Mais les deux actrices, Lola Naumark et Anaïs Demoustier (une habituée) ne sont pas assez crédibles en Antigone et Ismène de L’Estaque. Pourtant, la note d’intention du film puisée dans le dossier de presse est alléchante : « L’apogée de la domination est atteint lorsque le discours des maîtres est tenu par les esclaves. » Cette citation empruntée à Agrippa Menenius ne date donc pas d’hier, et elle est malheureusement encore valable de nos jours, certainement encore plus sous l’ère Macron. Mais là où Ken Loach réussit à réaliser un film vraiment politique et engagé, Robert Guédiguian ne parvient qu’avec peine à faire une romance mélodramatique qui ne fait naître aucune révolte dans sa narration et son interprétation. Et c’est dommage car il précisait bien toujours dans sa note d’intention vouloir mettre en scène la dénonciation de notre monde, mais qu’on aimerait plus forte et plus précise. « Tout ce qu’un siècle de luttes ouvrières avait réussi à faire entrer dans la conscience des hommes, en un mot la nécessité du partage, a volé en éclats en quelques années pour rétablir ce fléau mortel qu’est la volonté de chacun de posséder ce que les autres possèdent. » Et maintenant, on fait quoi ?

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Durée : 107 mn


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