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For Ellen

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Languissant, parfois poseur, ce drame intimiste vaut surtout pour ses interprètes.

Figure du cinéma indépendant américain, connue notamment pour Treeless Mountain (2008), So Yong Kim signe avec For Ellen son troisième long métrage, dont elle est à la fois réalisatrice, scénariste, monteuse et productrice. Ce drame intimiste s’avère être une œuvre attachante et imparfaite, dont le rythme laisse souvent à désirer mais dont le parfum âpre, subtil reste en mémoire.

Paul Dano porte le film sur ses épaules. Il n’y a guère de plans que son regard noir et désemparé n’investisse. Le spectateur en arrive presque à oublier les interprétations qui l’ont fait connaître, toutes fiévreuses et truculentes, souvent nimbées de grotesque, que ce soit dans Little Miss Sunshine (2006) ou There Will Be Blood (2007). Ici, Dano joue un rôle également borderline, celui d’une jeune star du rock dont la vie personnelle est bouleversée par un divorce imminent. Des causes exactes de la séparation, le spectateur ne saura rien. C’est tout juste si l’on aperçoit l’ex-épouse, rancunière et décidée, qui a pris l’initiative de la rupture. Après avoir enchaîné les scènes mutiques autour du visage de Paul Dano, le film quitte ses faux airs de road movie pour graviter autour de la relation entre le musicien et sa fille de six ans, Ellen. Tous deux ne se sont pratiquement jamais vus ; sans doute se recroiseront-ils à peine dans l’avenir, car Ellen restera sous la garde de sa mère. C’est donc sous des auspices déchirants, propices au mélodrame, que s’annoncent les deux modestes heures consenties au père pour enfin passer un peu de temps avec sa fille.

 

Toutefois, For Ellen ne cède à aucune facilité lacrymale. Le ton est sec, presque froid, et la bande musicale minimale, si ce n’est quelques plages dissonantes enrobant des moments d’angoisse ou de solitude. Le film semble ainsi céder à une langueur morose, comme en écho à son arrière-fond de banale province américaine ensevelie sous la neige. Des plans grisâtres ou crépusculaires ponctuent le récit comme des rimes, mais sans faire sens pour autant : le film n’établit aucune correspondance poétique entre ces digressions paysagères et son récit intimiste, se contentant de juxtaposer paresseusement les images. De manière générale, la mise en scène évite les effets et se veut aussi transparente que possible, au risque de la banalité. Quant à l’idée a priori intéressante de cantonner le récit à un pur présent, asséné sans élément de contexte ni flash-back, elle apparaît comme un choix ambivalent, tant les lacunes narratives évoquent plus une vaine expérimentation scénaristique qu’un réel désir de stimuler l’imagination du spectateur.

Certaines séquences fonctionnent néanmoins. Les face-à-face intimistes sont rehaussés par un art assez habile du contrechamp et du hors-champ. Avec empathie, le regard de la caméra croise celui des protagonistes, dont les interactions sont filmées avec une très belle délicatesse, surtout lorsqu’elles sont ténues, incertaines, et que les mots manquent. Outre Paul Dano, on ne peut que saluer les interprètes de l’avocat – un peu niais mais touchant – et surtout de la petite fille, jeune actrice du nom de Shaylena Mandigo, impressionnante de maturité. Voilà qui sauve en partie For Ellen de la banalité où il a tendance à s’embourber. Si une mise en scène inspirée avait porté la sensibilité à fleur de peau qu’on devine derrière la caméra, on aurait tenu là un très beau film, au lieu de cet exercice compassé, inégal, manifestement formaté pour les festivals.
 

Titre original : For Ellen

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Durée : 93 mn


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