Exposition Tournages. Paris-Berlin-Hollywood. 1910-1939

Article écrit par

La Cinémathèque française nous parle d´un temps que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître ! D´un temps où l´on tournait en costume cravate et où l´on peignait les décors en chaussettes. Retour sur une des époques les plus passionnantes de l´Histoire du cinéma.

Le silence a été demandé sur le plateau, les projecteurs sont braqués et les caméras sont prêtes à tourner. Moteur et… Action ! L’exposition nous plonge au cœur même du cinéma en train de se faire en montrant presque exclusivement l’envers du décor des productions cinématographiques des années 1910 à 1939. Elle remonte le fil d’un corps de métier en pleine expansion, en pleine révolution technique et logistique.

Le triomphe de la technique et des icônes

L’activité n’est désormais plus individuelle comme la pratiquait l’homme-orchestre Méliès, mais devient affaire d’équipe. Les studios poussent alors comme des champignons, comme les fameux Studios Pathé à Montreuil, les Studios hollywoodiens aux Etats-Unis et les studios Ufa en Allemagne. Les chefs de file de l’axe Paris-Berlin-Hollywood dans ces années phare sont ici à l’honneur : Jean Renoir, Abel Gance, Friedrich Murnau, Ernst Lubitsch, Fritz Lang, Erich Von Stroheim, King Vidor, D. W Griffith, Cecil B. De.Mille.

On découvre une quantité astronomique de clichés de plateau, des kilomètres de câbles, de projecteurs, d’yeux dans le viseur, d’acteurs en coulisses soufflant entre deux scènes, ou tenant la pose devant le matériel comme la jeune Ingrid Bergman devant un projecteur Mole Richardson. Parmi ses images au contenu quelque peu redondant mais assez inédites se dégagent de pures merveilles comme celle de Fritz Lang en pleine séance de direction d’acteurs, perché au-dessus d’une marée de figurants, porte voix à l’appui, dans Metropolis (1927), ou celles d’Erich Von Stroheim brunchant devant le décor démesuré du Casino de Monte-Carlo qu’il a fait reconstituer pour Folies de femmes (1922).

L’époque connaît des (r)évolutions techniques incroyables, ce qu’illustre parfaitement l’exposition. C’est évidemment le passage du muet au parlant (la fameuse scène du microphone dans Chantons sous pluie est d’ailleurs projetée durant l’exposition), mais c’est aussi l’avènement du star système, d’un cinéma qui entretient son mythe par la multiplication des supports de communication, des affiches et surtout de ses têtes : Marlène Dietrich, Carole Lombard, Cary Grant, Laurel et Hardy ou Chaplin pour ne citer qu’eux. « Tournages. Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939 » montre tout simplement la période durant laquelle le septième art a décuplé son pouvoir de fascination.

Malgré des cartels assez illisibles et une obscurité parfois gênante (certes nécessaire à la bonne préservation des clichés), l’exposition contentera autant les cinéphiles – avec ces figures mythiques du cinéma (la liste est impressionnante, de Katharine Hepburn à Buster Keaton dans L’Opérateur, d’Harry Baur dans Les Misérables à Maurice Chevalier, d’Emil Jannings dans L’Ange bleu à Johnny Weissmuller dans Tarzan) – que les techniciens du cinéma qui pourront découvrir les maîtres du cinéma en pleine action et le matériel d’antan dans les vitrines et sur les clichés (parfois uniques motifs du photographe de plateau) comme les lampes au mercure (très puissantes mais redoutables pour les yeux des comédiens !), la caméra Pathé ou la fameuse Bell & Howell.


 

          

Exposition à la Cinémathèque française, du 10 mars au 1er août 2010.

Catalogue de l’exposition. 216 pages contenant plus de 250 illustrations. 39 €.


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..