Exposition Beat Takeshi Kitano à la Fondation Cartier

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Beat Takeshi Kitano attaque le monde de l´art à coup de dérision et d´humour potache avec son exposition << Gosse de peintre >>.

Une vieille dame à une médiatrice : « C’est lui Chachechi là ? » en pointant du doigt un portrait de Kitano trônant sur le comptoir d’accueil de la Fondation Cartier. C’est sûr que le nom de Takeshi Kitano est plus connu des cinéphiles que des amateurs d’art contemporain. Et pour cause, le réalisateur d’Achille et la tortue n’a jamais montré ses œuvres auparavant. Et pour sa première exposition, la Fondation Cartier a déployé les grands moyens pour matérialiser les idées les plus folles de ce « tordu-génial ».
Avec sa bulle automatisée permettant de produire des « Pollock » sans se fatiguer ou sa machine à vapeur géante dont l’extrémité ne coud qu’un tout petit ruban, Beat Takeshi donne le ton. L’animateur-télé à l’humour potache semble avoir largement pris le dessus. Autour d’un dinosaure géant, Kitano émet des hypothèses plus farfelues les unes que les autres quant à la disparition de l’espèce (comme l’impossibilité de s’essuyer le derrière !). Mais « L’humour est une arme quand on sait habilement en user » (1). Une arme de contestation pour Kitano qui traite des sujets plus graves tels que la peine de mort (qui existe toujours au Japon), qu’il n’hésite pas à tourner en dérision en imaginant les esquives cocasses d’un pendu sur l’échafaud pour réchapper à la mort. A l’instar de cette installation un peu « trash », une statue tient dans une main son cerveau fraîchement débusqué de sa boîte crânienne. Toutes ces « boutades » visuelles sont confrontées à des œuvres plus « intellectuelles » : deux dispositifs ingénieux traitent de la probabilité pour que le big bang ait eu lieu, et une Tour d’Hanoi, un casse-tête inventé par un mathématicien français (qui dans sa formule la plus complète nécessiterait 580 milliards d’années pour être résolu !) que l’on peut tester dans une version simplifiée. Kitano nous invite également à exprimer en dessin nos sentiments à l’écoute de diverses musiques et offre la possibilité pour le gagnant de la tombola de l’exposition de peindre au pistolet un dinosaure dont il imaginerait la couleur.

Beat Takeshi exprime également son obsession pour les hybridations et autres aberrations physiques : une armée d’insectes, de mammifères volants et rampants, tels cette raie-torpille, cette baleine-porte-avion ou ce criquet-locomotive, est en poste à l’entrée de la Fondation Cartier. Au sous-sol, on découvre ses toiles (les enfants adorent, les adultes moins) aux couleurs flashy, peuplées de matous malicieux et de couples aux visages plus ou moins cubistes ; et celles que l’on a pu voir dans Hana-bi sur le principe d’un corps d’animal et d’une tête de fleur. Plus loin, au stand des curiosités, semble flotter tout un bestiaire mutant accompagné d’une pile alcaline géante (relation de cause à effet un peu grossière), témoignant de l’intérêt de Kitano pour la nature et l’environnement.

Si jusque-là le contenu de l’exposition faisait seulement sourire, les petits sketches dans lesquels Beat Kitano se joue des clichés sur le Japon et ses habitants, sont hilarants. C’est aussi l’occasion de découvrir le trublion/père fouettard qu’il est dans les émissions télé qui ont fait son succès au Japon dans un medley particulièrement savoureux.

La démarche de Kitano était claire : rendre la définition du mot « art », « moins snob, plus décontractée et accessible à tous ». De ce point de vue, le résultat est assez réussi, notamment grâce à une belle scénographie, mais l’exposition plaira davantage aux enfants qu’aux adultes et encore moins aux amateurs d’art contemporain.

Exposition « Gosse de peintre » à la Fondation Cartier du 11 mars au 12 septembre 2010.

(1) Kitano par Kitano, Michel Temman, Ed. Grasset, 2010

A lire sur Il était une fois le cinéma, le Coin du cinéphile dédié à Takeshi Kitano et la critique du livre de Michel Temman Kitano par Kitano par Alexandrine Dhainaut.


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