Enfances

Article écrit par

Film collectif sur l´enfance de six grands cinéastes mondiaux. Ludique, plaisant, enchanteur.

Sortie le 14 mai 2008

Enfances, initié par Yann Le Gal, reprend le concept inauguré avec Paris Je T’aime : réunir des réalisateurs et leurs courts-métrages autour d’un thème fédérateur. Dans ce cas, le choix repose sur une anecdote puisée dans l’enfance d’un des grands cinéastes mondiaux, et qui joue un rôle essentiel dans leur filmographie : Ingmar Bergman, Fritz Lang, Jean Renoir, Jacques Tati, Orson Welles et Alfred Hitchcock. Voix plurielles donc, pour un film consacré à l’enfance de six grands cinéastes mondiaux. Ludique, plaisant, enchanteur. La tâche fut confiée à six jeunes réalisateurs qui ont su harmoniser leurs courts-métrages afin d’en dégager une forme homogène.

Ce projet pour le moins risqué parvient à éviter l’hagiographie plombante, l’hommage aveugle, le plagiat formel et la psychanalyse édulcorée, mythifiant un talent éclos dès le berceau. A l’épineuse question de la mise en scène d’une biographie (même écourtée), Yann Le Gal  répond par un ludisme convaincant ainsi qu’une reconstitution authentique et crédible, qui constituent une parade à l’habituelle monotonie suscitée. Ne dévoilant qu’à la fin le nom du cinéaste concerné, le réalisateur, également scénariste, éveille la curiosité et l’attention par des détails caractéristiques de l’artiste. Qu’il s’agisse de l’humour cynique et des ombres appuyées propres à l’univers d’Hitchcock, des préoccupations psychologiques et mortuaires du cinéaste suédois ou de la question de la normalité et du dysfonctionnement corporel chez Tati, les réalisateurs parsèment leur film d’indices anodins mais révélateurs.
 
Accompagné de ses six réalisateurs, Yann Le Gal parvient à rendre hommage aux cinéastes sans pour autant les plagier. Tout en restant modeste, dans une forme classique et dans l’économie de moyens, une leçon de cinéma se dégage de ce projet. D’abord cinéphiles, les réalisateurs révèlent toute leur admiration pour leurs aînés, en tirent des leçons et les restituent dans leurs propres scénarios. Plus généralement, c’est aussi la logique et nécessaire symbiose entre vécu et fiction qui est montrée.

L’avantage est d’avoir su trouver une forme de liberté et d’indépendance. L’anecdote étant relayée au seul point de départ, les six films deviennent d’uniques portraits d’enfants en proie à leurs angoisses et à la découverte d’eux-mêmes. D’une densité rare, condensée dans un bref espace temps, chaque court métrage s’ouvre sur d’autres horizons : historiques -la filiation juive de Fritz Lang, déterminante dans son exil aux Etats-Unis, poétiques et psychologiques.

Enfances constitue l’exemple réussi et plaisant d’un cinéma contemporain qui a su s’approprier son riche héritage, et en faire une réelle source d’inspiration.


Titre original : Enfances

Réalisateur :

Acteurs : , , ,

Année :

Genre :

Durée : 80 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..