Select Page

DVD « Les Combattants de l’Ombre : l’Europe en résistance »

Article écrit par

Du 12 au 26 octobre, Arte diffuse une série autour de la résistance européenne. Un vrai sens du récit malgré ses défauts, pour un projet qui franchit par ailleurs le pas du cross-media (coffret dvd, livre, plateforme web).

Présente à Toulouse pour montrer les premières images de la série Les combattants de l’ombre, la productrice Florianne Servan-Shreiber n’a pas caché que le projet a d’abord essuyé les refus des chaînes de télévision. « On nous disait que le sujet était déjà trop traité », se remémore-t-elle. La série n’évite certes pas certains clichés du « film de résistance ». Malgré les efforts menés dans le rythme et la construction du récit, le didactisme historique pointe parfois le bout de son nez, comme un diable surgit de sa boîte et la voix-off n’évite pas toujours de glorifier ses personnages avec une certaine facilité. Mais ces Combattants de l’ombre (impossible de ne pas songer à L’Armée des Ombres de Kessel adapté par Melville) se distingue en dressant une typographie européenne de la résistance.

Historien de formation, le réalisateur Bernard Georges a passé trois ans à recueillir les témoignages de résistants. « Des entretiens qui duraient entre une et quatre heures. » Procédant comme un directeur de casting, il a au final retenu 77 de ces témoignages, répartis sur quatorze pays. « Le point de départ a été l’envie de traiter l’Europe comme seul territoire, à partir de 1939. » Reflexe de cinéaste voulant s’inscrire dans l’espace mais qui donne aussi idée tout son sens à l’existence de cette série. Rares en effet sont les témoignages de la Seconde Guerre Mondiale qui voient au-delà de leurs frontières. Tout au long des 6 épisodes qui composent cette série, Bernard Georges fait des parallèles entre telle action survenue, au hasard, en Pologne, et telle autre en Grèce – un peu à la manière d’un effet papillon. Surtout, il permet de se rendre compte de ce que partagent ces résistants et résistantes – le rôle des femmes y est justement souligné. Une saine colère qui les anime encore aujourd’hui. Contrastant avec des images de reconstitution tournées par le réalisateur, les séquences de témoignages montrent à la fois le passage du temps sur le corps et l’inaltérabilité du sentiment de révolte.

Un sentiment appuyé par Bernard Georges, qui considère que « l’Europe est née dans les camps. » Se contentant parfois un peu trop facilement de retracer les gestes héroïques, certes très impressionnants et au fort potentiel emphatique, Combattants de l’Ombre prend au fil des épisodes une direction inattendue : dans les raisons même pour lesquelles ces résistants donnent l’impression de ne pas avoir baissé les armes. Au sortir de la guerre, les désillusions s’enchaînent de pays en pays et les idéaux des résistants, à nouveau confisqués par les puissants, sont souillés et torturés. L’Europe est peut-être née dans les camps. Au vu de sa situation actuelle, pas sûr qu’elle n’en soit sortie…

L’ombre du cross-media

Diffusée sur Arte, la série est regroupée dans un coffret dvd (à paraître chez Arte Editions le 19 octobre). Par ailleurs, Combattants de l’Ombre se décline en livre et sur le web. Sans les contraintes du récit polyphonique, la plateforme interactive regroupe soixante-sept témoignages de résistants, souvent coupés ou tronqués dans la série pour des questions de narration. A voir sur : www.arte.tv/combattants



Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Au cœur des mélodrames de la période allemande de Douglas Sirk, ses protagonistes sont révélés par les artefacts d’une mise en scène où l’extravagance du kitsch le dispute avec le naturalisme du décor. Mais toujours pour porter la passion des sentiments exacerbés à son point culminant. Ces prémices flamboyants renvoient sans ambiguïté à sa période hollywoodienne qui est la consécration d’une œuvre filmique inégalée. Coup de projecteur sur le premier et dernier opus de cette période allemande.

La mort d’un bureaucrate

La mort d’un bureaucrate

« La mort d’un bureaucrate » est une tragi-comédie menée “à tombeau ouvert” et surtout une farce à l’ironie macabre déjantée qui combine un sens inné de l’absurde institutionnel avec une critique radicale du régime post-révolutionnaire cubain dans un éloge
bunuelien de la folie. Férocement subversif en version restaurée…