Select Page

Donnie Darko

Article écrit par

Pas loin de vingt ans après sa sortie, Donnie Darko fait son retour en version restaurée dans les salles françaises. L’occasion de revenir sur un film des plus étranges – et par-là, des plus beaux.

 

Une beauté mystique

Qui se lance dans Donnie Darko sera saisi par la beauté mystique des images. Qui se lance dans la critique de Donnie Darko – tel votre loyal serviteur – se heurtera à cette beauté, tant les fantaisies visuelles, proprement inexplicables, insaisissables par la raison, dominent le récit. Nous ne vous ferons donc pas l’affront d’essayer d’interpréter un film aussi polysémique et tâcherons, au contraire, de dire ce qu’induit une telle polyphonie interprétative.

Sans verser outre-mesure dans l’herméneutisme, on peut cependant noter que la fable fantastique met en exergue bien des problèmes rencontrés par un jeune homme américain à cette époque. Une bonne partie de Donnie Darko ressemble furieusement à la mise en images de la volonté de puissance qui anime le jeune Donnie Darko (Jake Gyllenhaal, rôle qui l’a révélé) et qu’il ne peut exprimer dans le cadre très normé de la banlieue pavillonnaire états-unienne. D’une certaine manière – comique en moins, tragique en plus, fantastique en partage –, Donnie Darko s’apparente à Edward aux mains d’argent (Tim Burton, 1991). Les deux œuvres content le désir d’insuffler un brin de folie poétique dans un milieu des plus stériles pour l’imagination.

Multiplier les sens, ouvrir l’horizon spirituel

Seulement, à la différence du très lisse Edward aux mains d’argent (mais très beau dans son genre), Donnie Darko est un film à dénivelés. Une fable crevée de trous et pleine de bosses, qui mettra à mal – et c’est tant mieux – la compréhension immédiate du spectateur, pour mieux libérer chez lui ses facultés d’interprétation. Le réalisateur Richard Kelly se plaît en effet à multiplier les effets formels pour mieux ouvrir, tel le ciel au début du film, les hypothèses de lecture. Le montage poétique qui lie la réalité vécue par Donnie, ses rêves et ses hallucinations nous fait perdre pied. Transplanté dans un autre monde, nous n’avons d’autre choix que de nous laisser emporter par une succession d’images déroutantes.

À défaut d’y trouver un sens, on peut d’abord s’émerveiller du geste que produit Donnie Darko. Dans une banlieue états-unienne fermée sur elle-même, le film déchire le voile des conventions sociales et de la routine pour laisser libre cours aux rêveries visuelles et mystiques. Ainsi déchiquetée, la toile de la réalité ne pourra jamais retrouver sa platitude ordinaire.

 

Réalisateur :

Acteurs : , , , , , ,

Année :

Genre : ,

Pays :

Durée : 133 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Dernier caprice

Dernier caprice

Le pénultième film d’Ozu pourrait bien être son testament cinématographique. Sa tonalité tragi-comique et ses couleurs d’un rouge mordoré anticipent la saison automnale à travers la fin de vie crépusculaire d’un patriarche et d’un pater familias, dans le même temps, selon le cycle d’une existence ramenée au pathos des choses les plus insignifiantes. En version restaurée par le distributeur Carlotta.

Strange Days de Kathryn Bigelow

Strange Days de Kathryn Bigelow

Kathryn Bigelow avait signé son film le plus populaire avec le cultissime Point Break (1991),  œuvre où s’épanouissait enfin pleinement dans le fond et la forme sa quête d’un cinéma purement sensitif capturant frontalement l’adrénaline. Point Break constituait une...