Diamond Island

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Ce premier long métrage saisit les bouleversements du Cambodge en filmant sa jeunesse en porte-à-faux, entre quotidien éreintant et avenir inquiétant.

Quelle gageure que de photographier la jeunesse d’un pays en pleine mutation, passant, l’espace d’un demi-siècle, d’un totalitarisme communiste à un libéralisme sans frein. C’est pourtant ce tour de force auquel parvient Diamond Island, le premier long métrage de Davy Chou, projeté lors de la Semaine de la critique cannoise en mai dernier. Ce jeune franco-cambodgien n’en est pourtant pas à son premier coup d’éclat : son court métrage Cambodia 2099 mettait déjà en scène deux jeunes phnompenhois, partageant leurs rêves communs sur l’île du Diamant – le film, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2014, remporta le Grand Prix du Festival du Film de Vendôme la même année.

Un récit d’apprentissage innovant

L’intrigue paraît pourtant maintes fois resucée. Bora, dix-huit ans, quitte sa campagne natale pour travailler sur le chantier pharaonique de l’Île du Diamant, vitrine du Cambodge en voie de mondialisation, pour moyenne et haute bourgeoisies. S’il noue de franches amitiés avec d’autres ouvriers, les retrouvailles avec son frère Solei – qui a coupé tout lien avec sa famille depuis cinq ans, à mesure de sa réussite sociale –, et l’attirance pour les charmes du Phnom Penh nocturne vont l’en éloigner. Au premier abord, un récit d’apprentissage on ne peut plus convenu. Dès lors, comment Diamond Island parvient-il à émerveiller le spectateur ? D’emblée, le décor – le Cambodge, sa capitale, cette île – servent à merveille cette croisée des chemins adolescente, en filmant des objets classiques – l’exode rural, l’élévation sociale, la honte des origines, la quête de l’Occident, la première fois – de manière contemporaine – l’immobilier tentaculaire, le tout-à-l’ego technologique, l’acculturation à l’Occident.

 

Ces jeunes personnages sont d’autant plus crédibles, lorsque nous les voyons perdre leur innocence et (par)faire leurs mues, que leurs acteurs sont pour la plupart des non-professionnels. A telle enseigne que l’actrice campant le rôle d’Aza – celle que Bora aimera puis délaissera, prestige social oblige – porte le prénom de son personnage ; et que le baiser qu’échangent ces deux protagonistes constituait une première fois pour l’acteur lui-même. Mieux, cette transition entre l’insouciance de la jeunesse et la dureté des rivalités sociales répond à une autre transition plus consciente, quotidienne. Le jour, un présent douloureux – celui des ouvriers du chantier, fait de sueur et de poussière : une violence sourde qui finira par éclater. La nuit, un avenir illusoire, fait des scintillements des boîtes de nuit, des visages éclairés par les smartphones, et des sinueuses parades des scooters.
 


Entre drame social et videogame

La conjonction du tragique économique et du trivial moderne trouve son achèvement dans le formalisme du film. En plus d’être remarquablement esthétiques – panoramiques, plongées et travellings sont à chaque fois minutieusement choisis –, les plans rappellent l’univers acidulé des jeux vidéos : les formes épurées, la disproportion des personnages face au gigantisme urbain, les couleurs criardes et contrastées. A la fois film social et teen movie, Diamond Island parvient à peindre une dénonciation politique en tapinois, avec le langage dépolitisé, sinon pauvrement mainstream, de ces adolescents – à preuve que la critique formulée par les amis de Bora à ce dernier est d’être devenu « cool », incontestablement et irrémédiablement « cool », mantra répété ad nauseam. « La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » Nous ne pouvons qu’opiner à la suite de Baudelaire et nous rafraîchir de ce vent venu d’Asie.

Titre original : Diamond island

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Durée : 109 mn


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