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Dialogue avec mon jardinier

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Un quinquagénaire, peintre parisien renommé, revient dans la maison du centre de la France où il a passé sa jeunesse. Pour parfaire son retour aux sources et entretenir le grand terrain de la bâtisse, il choisit de faire appel à un jardiner. Celui-ci se révèlera être un ancien compagnon de classe. Se côtoyant quotidiennement, le […]

Un quinquagénaire, peintre parisien renommé, revient dans la maison du centre de la France où il a passé sa jeunesse. Pour parfaire son retour aux sources et entretenir le grand terrain de la bâtisse, il choisit de faire appel à un jardiner. Celui-ci se révèlera être un ancien compagnon de classe. Se côtoyant quotidiennement, le jardinier & le peintre vont se découvrir mutuellement, le jardinier rappelant l´importance du bon sens et des repères modestes conduisant au bonheur simple. Chronique sensible d´une amitié attachante et simple, prolongement d´une adolescence tardive et fraternelle.

Quand un peintre parisien, fréquentant les quartiers Bobo (scène mémorable lors d´un vernissage où le peintre discute ironiquement des nouveaux canons de l´art contemporain) rencontre un retraité de la SNCF transformé en jardinier méticuleux, on peut s´attendre au pire ! Mais attention, concernant Dialogue avec mon jardinier, le réalisateur n´est pas n´importe qui ! Après les Enfants du Marais, Effroyables Jardins et Un Crime au Paradis, Jean Becker gomme les clichés basiques sur l´éternelle opposition Paris-Province, et propose un film plein de tendresse et de poésie.

Face à ce genre de film, tiré d´un roman d´Henri Cueco et où un dialogue ponctue l´oeuvre de bout en bout, le travail d´adaptation s´avère crucial. Le résultat proposé par Jean Cosmos (dialoguiste et adaptateur) et Jean Becker se révèle fructueux. Les personnages sont bien dessinés et ne véhiculent aucune caricature. Rares sont les films qui, de nos jours, ne jouent pas sur l´amplification absurde de traits de caractère. Daniel Auteuil interprète ainsi un personnage perdu dans un monde qu´il tente de reconquérir. D´abord plein de vitalité et de joie à l´idée de retrouver ses souvenirs de jeunesse grâce à cette maison, il s´interroge sur son acte et goûte à l´amertume et aux remords. C´est là qu´intervient un message fort du film : le peintre quitte son égoïsme pour s´intéresser à l´Autre.

Face à lui, Jean-Pierre Darroussin reprend le rôle initialement dédié à Jacques Villeret. D´entrée, on découvre, aux côtés du personnage de Daniel Auteuil, ce jardinier singulier regardant de manière naïve et spontanée les choses de la vie. Le plus touchant est la gentillesse et la bienveillance qui se dégagent de ce personnage, interprété avec justesse et profondeur par Jean-Pierre Darroussin. Le spectateur est captivé par cet homme qui renvoie à un mode de vie trop vite oublié par la société de consommation. Grâce à ce protagoniste, moteur de l´histoire, Jean Becker nous rappelle les valeurs primordiales : l´écoute, la bienveillance, …

Le spectateur est alors amusé par le jardinier populaire qui devient, à son insu, philosophe. En quelque sorte, ce film est porteur d´une nostalgie de la vie à la campagne. On ressent comme un arrêt du temps qui passe. Les deux personnages se retrouvent en dehors du monde réel pour des derniers instants, s´efforçant de rattraper le temps perdu.

Le plus intéressant est la proposition de la mise en scène en symbiose avec l´histoire. Jean Becker a su rendre cette simplicité de la vie dans sa réalisation. Les trois types de plans utilisés (gros plans, plans moyens et larges) permettent une focalisation unique sur les deux personnages et un rapprochement du spectateur avec les protagonistes. Bref, on s´immisce discrètement dans cette maison du centre de la France pour ne pas les interrompre, tout en étant jaloux d´un telle complicité.

Malgré un léger passage à vide au milieu de film, on reste envoûté par le jeu et par cette histoire émouvante servie par un duo improbable. Cette rencontre entre deux êtres antagonistes est brillamment maîtrisée. Reste à saluer la magnifique photographie et les autres interprètes : Fanny Cottençon, Elodie Navarre, Alexia Barlier et Iam Abbass.

La mise en scène juste, les dialogues percutants, les personnages attendrissants font de Dialogue avec mon Jardinier une comédie qui ne laisse pas indifférent.

Titre original : Dialogue avec mon jardinier

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Durée : 110 mn


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