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Contrebande

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De l’Islande à la Nouvelle-Orléans, les paysages changent, la température se réchauffe et le ton s’affadit. C’est ainsi qu’un polar sec et brutal perd sa substance dans son américanisation.

Contrebande est un remake de Reykjavik-Rotterdam (2008) dont le scénario avait été signé par Arnaldur Indriðason, un des maîtres du polar nordique, et Óskar Jónasson, une matière première qu’il semblait bon de faire fructifier en lui faisant traverser l’Atlantique. Surprise : c’est Baltasar Kormákur, auteurs de plusieurs longs métrages remarqués (101 Reykjavik, La Cité des Jarres d’après le roman d’Indriðason…), et accessoirement déjà l’acteur principal de Reykjavik-Rotterdam, qui s’empare du projet et en assure la réalisation . Il cède la place à l’écran à Mark Wahlberg. Le film est un peu à l’image de l’acteur : musclé – gonflé aurait-on envie de dire – mais mou. Ancien truand, Chris, rangé et bon père de famille, est obligé de rempiler pour sauver la vie de son beau-frère et rattraper ses conneries. Dernier coup qui ne va pas se dérouler comme prévu évidemment…

Bien sûr, on sent l’influence du polar nordique dans la noirceur et la violence de l’intrigue, mais le film est desservi par un manque de personnalité et une difficulté à mettre en scène le moindre suspense et la moindre tension. Il faut dire que pour relever une intrigue archi-classique, il faut un style et un vrai regard. Contrebande a le défaut d’un certain jeunisme qui applique les codes, mais n’a pas vraiment conscience de ce qu’il fait. Il se voudrait brillant, arrogant parfois dans sa mise en scène jouant de la rupture entre une esthétique léchée et des séquences plus brutes, caméra à l’épaule, très « inside action ». Effet éventuellement dynamique s’il est bien mené, mais qui s’effondre vite quand il n’est pas maîtrisé. D’autant plus que la clinquance du film tourne à vide à l’image des nombreux très beaux plans sur la Nouvelle-Orléans. Parce que la Nouvelle-Orléans, c’est haut, surtout vu d’en haut. Un hélicoptère pour filmer une poursuite en bateau au début du film, ça coûte cher alors on rentabilise en signant de jolis plans inutiles sur la ville by night. Kormákur remet ça dans la deuxième partie du film en la jouant « le Panama, c’est joli. » Contrebande est parfois joli donc, mais souvent creux à défaut de raccorder et de faire résonner sa forme dans le fonds.

 

Le film met en avant ce côté cool, branché tant dans ses plans que dans ses choix musicaux. Il roule des mécaniques, mais de manière un peu trop grossière. Contrebande, c’est un peu un ado qui veut faire comme les grands. Il prend son skate, s’élance sur les escaliers du bahut et termine immanquablement sur les fesses. Traversant l’Atlantique, Kormákur lorgne sur la touche Soderbergh, l’aspect ultra-branché de la série des Ocean par exemple : fausse complexité de l’intrigue, clinquance des plans, coolitude de la musique… Mais à ce jeu, Contrebande perd sur tous les tableaux. Défait de la cruauté nordique et exempt d’une certaine classe américaine, il finit par voisiner le policier de l’après-midi, pas vraiment aidé par des acteurs potentiellement jolis à regarder (Wahlberg qui de film en film nous ressort la moue du héros contrarié, Kate Beckinsale) mais pas étouffés par leur charisme, quand ils ne tombent pas dans le cliché du méchant qui surjoue avec un accent (Giovanni Ribisi). Seul Ben Foster tire un peu son épingle du jeu, malgré un second rôle à tiroirs casse-bonbons.

Jolie matière première gâchée à défaut d’une vraie poigne derrière la caméra, on peut toujours se plaire à imaginer ce que l’amoralité finale aurait pu donner dans des mains un peu plus habiles (voire carrément fantasmer sur Scorsese qui avait fait des merveilles avec les Infiltrés). Car malgré son esthétique « sensation pure », le finale du film ne manque pas de surprendre dans une Amérique qui, si elle a les mains sales, ne se prive pas de s’ériger en modèle de vertu. Choisissant une voie déjà empruntée par le personnage de Charlize Theron dans le récent Young Adult, Contrebande affiche un coup de théâtre peu louable, mais totalement jouissif. On aimerait pouvoir en dire autant du film dans son entier.  

Titre original : Contraband

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Durée : 111 mn


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