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Clermont-Ferrand : Jour 5

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On reconnaît un fidèle en jetant un rapide coup d’œil à l’édition du sac qu’il porte, à son usure, à la façon qu’il a de le porter en bandoulière, de l’appréhender, et d’en tirer un maximum de profits mois après mois, d’un février à l’autre. Le néophyte, de son côté, se démène comme il peut […]

On reconnaît un fidèle en jetant un rapide coup d’œil à l’édition du sac qu’il porte, à son usure, à la façon qu’il a de le porter en bandoulière, de l’appréhender, et d’en tirer un maximum de profits mois après mois, d’un février à l’autre. Le néophyte, de son côté, se démène comme il peut contre la bête, ne sachant trop comment l’ouvrir sans tout faire tomber, oubliant d’exploiter au maximum les possibilités qu’il lui offre généreusement, ne retrouvant rien à l’intérieur, parmi la foultitude d’objets inutiles qu’il s’obstine à y introduire jour après jour… (L.C.)

Le court du jour (A.H.)

La crise européenne est loin de toucher tous les domaines, et la réalisatrice grecque Rinio Dragasaki réussit à s’en extraire avec succès. Après Leaving (2005 – 15′), elle propose avec son second court métrage de fiction, Dad, Lenin and Freddy (2011 – 20′), une fine analyse confrontant l’enfance pure au monde extérieur. Une fillette, triste de voir son père communiste s’éloigner peu à peu d’elle, créée son propre univers peuplé par un Lénine mystérieux et un Freddy Krueger cauchemardesque. Nous sommes en 1989, l’URSS s’évapore et la Grèce entre dans un gouvernement de coalition.

Dragasaki obtient ici un savant mélange de conte décalé et de peinture politique, à partir de ces zigzags réfléchis et maitrisés. L’un ne pourrait fonctionner sans l’autre, et le contexte historique puise curieusement son existence cinématographique dans le non dit.

La réalisatrice a beau placer sa caméra au niveau de l’enfant, le court ne s’effondre jamais sous une féérie sous "gilliamesque" de mauvais goût. Non, Rinio Dragasaki garde ici les pieds sur terre en évitant tous les écueils : du psychologisant Freudien – que frôle l’amour pour le père – au merveilleux éculé, qui verrait la fillette pénétrer un monde de licornes et de fées, effacé par un réveil final douloureux.

Tandis que les échelles de plans ramènent à l’innocence de l’enfance, les cadrages détaillent avec perspicacité les rapports que le personnage principal entretient avec son entourage. Le son, quant à lui, nous ouvre à un monde chamboulé par l’implosion de l’empire soviétique et l’entrée de la Grèce dans un nouveau gouvernement.

Une jolie trouvaille que ce Dad, Lenin and Freddy, bel exemple d’un mixage subtil et intelligent.


Court entretien avec… Roland N GUYEN* (Propos recueillis par L.C)


Quels courts métrages vous ont donné envie de travailler dans ce domaine ? Quand est-ce que vous les avez vu pour la première fois ? Quel est l’instant dans votre activité actuelle, où vous ressentez le même effet, le même plaisir que la première fois où vous avez vu ces courts métrages ?

Avant de m’occuper des courts métrages vers septembre 1991, je n’en avais pratiquement jamais vu, en dehors de ceux qu’on pouvait occasionnellement voir dans quelques rares salles de cinéma, avant les longs.

Les premiers courts qui m’ont particulièrement marqué et impressionné furent des films vus dans les festivals : Sur la plage de Belfast, puis le fameux L’île au fleurs, un film devenu culte et qui a été particulièrement visionnaire sur des questions actuelles comme la "mondialisation", les problèmes d’écologie, de pauvreté et d’inégalité dans le monde, le tout traité avec un humour formidable.

L’île aux fleurs figure toujours dans les cartes blanches que je programme pour certains festivals, et je ne manque pas d’y insérer deux ou trois courts particulièrement réussis comme le Copy shop de Virgil Widrich, le Bloody Olive de Vincent Baal ou le très émouvant Passing hearts du suédois Johan Brisinger. Je connais ce film par cœur pour l’avoir vu des dizaines de fois, et pourtant, à chaque fois que je le revois, l’émotion est au rendez-vous…

Ce sont des films comme ça qui vous donnent envie de continuer, année après année, de voir des courts métrages, en espérant trouver les mêmes pépites de cinéma… Quand j’en ai l’opportunité, je parle de ces films, pour les faire découvrir aux jeunes générations…

Liens vers les courts métrages cités disponibles :

Sur la plage de Belfast de Henri François Imbert (France – 1996 – 40′)
En VOD sur http://www.artevod.com/surlaplagedebelfast

L’île au fleurs de Jorge Furtado (Brésil – 1989 – 12′)
http://www.dailymotion.com/video/x13fp_ile-aux-fleurs_creation

Copy shop de Virgil Widrich (Autriche – 2000 – 12′)
http://www.dailymotion.com/video/x5mi8k_copy-shop-2000_fun

Bloody Olive de Vincent Baal (Belgique – 1997 – 11′)
http://vimeo.com/12487814

Passing hearts de Johan Brisinger (Suède – 2004 – 14′)
http://www.youtube.com/watch?v=WIZVyCRgCI4

*Consultant cinéma

Clermont-Ferrand : Jour 4


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