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Clermont-Ferrand : Jour 1

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D’une soirée d’ouverture globalement bien sympathique, nous retiendrons une sélection de courts métrages éclectiques et dans l’ensemble plutôt fascinants. Un rebondissement malvenu marque toutefois tristement cette 34e édition, à savoir la coupe budgétaire (brièvement évoquée par le président de l’évènement) privant le festival de 100 000 euros. Mais comme nous sommes ici pour parler avant […]

D’une soirée d’ouverture globalement bien sympathique, nous retiendrons une sélection de courts métrages éclectiques et dans l’ensemble plutôt fascinants. Un rebondissement malvenu marque toutefois tristement cette 34e édition, à savoir la coupe budgétaire (brièvement évoquée par le président de l’évènement) privant le festival de 100 000 euros. Mais comme nous sommes ici pour parler avant tout de cinéma, intéressons-nous sans plus tarder à notre premier film choisi.

Le court du jour

The Acrobatic Fly n’apparait surement pas comme le meilleur court métrage de cette sélection d’ouverture, mais il reste, sans aucun doute possible, le plus intéressant à décortiquer. Réalisé en 1908 par l’anglais Frank Percy Smith, ce tout petit film de deux minutes présente à la fois les marques – un peu encombrantes du cinéma primitif de son temps et celles, plus valorisantes, des futurs documentaires expérimentaux de Jean Painlevé.

De ce documentaire se dégagent les prémices d’une magie esthétique moins attirée par les intérêts pseudo-scientifiques d’une caméra filmant des mouches manipulant toutes sortes d’objets que par l’amusement enfantin que permettent les « truc » empruntés à Méliès. Ces nombreuses outils brusquement transformés par le montage dessinent une trajectoire étrange, où la curiosité scientifique est suppléée par un regard rieur décelant toute la puissance artistique que des réalisateurs talentueux – de Painlevé à Herzog pourront prélever du documentaire animalier. Et de cette ultime « vue » (utiliser le mot plan serait anachronique) montrant une mouche assise sur une chaise taillée sur mesure, nous pourrions peut être évoquer un vague air de parenté avec la Mouche de Cronenberg, tout en ajoutant à cette comparaison la bouffonnerie des iguanes chantant du Bad Lieutenant d’Herzog.

Dès ses premières années, le septième art a su entrevoir toute la richesse dont l’anthropomorphisme et, plus simplement, l’enregistrement visuel et mobile (rappelons-nous au passage le cheval du fusil photographique de Muybridge) du monde animal étaient porteurs.

                                                                                                                                                                                     A.H.

                                                                                                                                                                                              
Court entretien avec… Laurent CROUZEIX
*

1. Quel court métrage vous a donné envie de travailler dans ce domaine ?

La découverte des courts métrages de Jan Svankmajer (Histoire Naturelle, Possibilités du dialogue, Jeux Virils, etc.) a été un véritable déclencheur. Ces films sont époustouflants et débordent d’imagination. Des films courts qui contiennent tout un univers, d’une richesse créative folle. Ils ont fortement influencé mon désir et ma passion pour la diffusion de courts métrages auprès du grand public.

2. Quand les avez-vous vus pour la première fois ?

J’ai vu ces films pour la première fois lors d’une séance à l’ICA (Institute of Contemporary Arts) de Londres, au début des années 90. Je les ai revus ensuite dans les archives de Sauve qui peut le court métrage, maintenant accessibles au public au centre de documentation de La Jetée. Je les revois régulièrement, toujours avec autant d’émerveillement. Pour moi, ce sont de grands classiques du cinéma.


3. Quelle est l’instant, dans votre activité actuelle, où vous ressentez le même effet, le même plaisir que la première fois où vous avez vu ces courts métrages ?

J’ai la chance de travailler pour une association qui organise un festival très populaire à Clermont-Ferrand et est très active toute l’année, avec tous les publics. Partager des films avec le public est souvent émouvant. Les courts métrages sont appréciés pour leur ouverture d’esprit, leur liberté de ton, leur originalité. Le festival de Clermont-Ferrand est un temps fort pour la rencontre entre les films et le public. La clé, c’est la curiosité. Les films vous embarquent dans l’univers des auteurs. Tous les films ne plaisent pas forcément à tout le monde, mais chacun trouve ses coups de cœurs, ses pépites, ses moments magiques. En partageant les films, on partage aussi les émotions. C’est cela qui fait l’ambiance si particulière du festival, que j’aime à retrouver chaque année.

Lien vers les courts métrages cités:

Histoire Naturelle de Jan Svankmajer (1967, 9′)
http://www.youtube.com/watch?v=2R8dwv_vQJk

Possibilités du dialogue de Jan Svankmajer (1982, 12′)
http://www.youtube.com/watch?v=2NWz2ssfj_s

Jeux Virils de Jan Svankmajer (1988, 14′)
http://www.youtube.com/watch?v=IleJIqQN7bg

Propos recueillis par Lydia Castellano

*Membre du comité de sélection international
Responsable du développement du forum de co-production Euro Connection.


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