Césaria Evora, la diva aux pieds nus

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Portrait d’une Diva forte et fragile malgré elle…

Une voix inoubliable

Depuis la fin des années 80, nous avons tous en mémoire vive la voix si particulière de Césaria Evora qui, à quarante ans passés, est devenue mondialement célèbre avec cette morna et cette sodade si particulièrement, des airs tristes comme Miss Profumado et Café Atlantico. De plus, précédée d’une histoire de pauvreté, d’angoisse et d’alcoolisme, elle s’est imposée comme une figure de femme ayant souffert mais prodigieusement libre si bien qu’elle est vite devenue, presque malgré elle, un modèle pour les femmes et pour les Noirs. Modèle que sa petite-fille Janete, présente dans le film, continue de faire vivre de par le monde par le biais de conférences et de rencontres. « Je suis qui je suis grâce à Cesária Évora, déclare-t-elle. Ma grand-mère a brisé tous les obstacles qui étaient imposées aux femmes de son époque. Sa liberté était un pur acte de rébellion. Sans pour autant connaître l’expression « émancipation féminine », elle a toujours défendu les droits des femmes, au quotidien, à travers son mode de vie. Je donne souvent des conférences sur l’émancipation féminine et mon inspiration est toujours ma grand-mère. Même aujourd’hui au Cap-Vert, elle est une référence sur ce sujet. »

Images d’archives familiales

En effet, et le documentaire fait merveille à ce sujet en montrant surtout des images d’archives familiales, Césaria Evora était profondément humaine et généreuse. Surnommée « la Diva aux pieds nus », elle n’a pas toujours connu la célébrité. Ce documentaire retrace les luttes, les excès et les succès de la légendaire chanteuse capverdienne qui rencontra tardivement la gloire internationale. D’une enfance difficile à des décennies de pauvreté, rongée par l’alcool et la dépression, elle finira par faire briller sa musique à travers le monde, la consacrant reine de la morna. Profondément engagée et généreuse, son seul rêve fut d’être une femme libre. Cette liberté et cette fragilité qui va de pair, le film les montre parfaitement surtout dans la vie de tous les jours dans sa maison du Bon Dieu ouverte à tous, avec l’aide de son jeune et fidèle majordome. Car Césaria Evora aimait aussi les jeunes gens et savait rire, et se donner à fond dans tous ses spectacles. 

Raconter ma voisine

C’est pour lui rendre hommage qu’Ana Sofia Fonseca, se disant conteuse d’histoires, née au Portugal et vivant entre son pays d’origine et le Cap-Vert où elle possède une maison à deux pas de celle de Cesária Evora, s’est armée d’une caméra pour en dresser un portrait plein d’amour et d’humanité. D’abord journaliste pendant 20 ans, c’est pour Césaria qu’elle devient donc documentariste. « Le point de départ a été la curiosité, confie-t-elle dans le dossier de presse du film. Je voulais en savoir plus sur Cesária Évora. Qui était cette femme qui a toujours placé sa liberté au-dessus de tout ? J’avais envie de comprendre comment une artiste noire et pauvre était passée de l’indigence à la célébrité ; à l’âge de 50 ans, tout en restant elle-même. Trois jours après ses funérailles, en 2011, je me tenais devant ma maison sur l’île de São Vicente, qui se trouve à deux pas de la demeure de Cesária. Je pouvais voir la tristesse dans les yeux d’un peuple orphelin. Ce jour-là, je me suis dit pour la première fois qu’il faudrait faire un film sur cette femme incroyable. Mais à l’époque, j’étais encore loin d’imaginer que je réaliserai un film sur elle un jour. » Voilà, c’est fait, et bien fait.

 

Titre original : Cesária Évora

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Durée : 94 mn


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