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Cadavres à la pelle

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Le retour de John Landis est placé logiquement sous le signe de la comédie macabre. Mais cette fois, la sauce ne prend qu´à moitié…

Douze ans que l’on n’avait pas revu un film signé John Landis sur grand écran. Douze ans pendant lesquelles le barbu le plus jovial de Hollywood exerçait ses talents de conteur à la télé, pour des documentaires originaux (The Don Rickles Project, Slasher), ou des épisodes de séries télé (plus particulièrement les Masters of Horror). Cet « exil », voulu ou non, prend fin aujourd’hui avec ce Cadavres à la pelle taillé sur mesure pour lui : cette nouvelle version de l’histoire des récupérateurs de cadavres Burke et Hare, qui revendaient des cadavres à une école de médecine d’Edimbourg au XIXe siècle, est pétrie d’un humour noir macabre typique du réalisateur du Loup-garou de Londres.

L’œil dans le rétro

Ses grands classiques, John Landis le sait sans doute pertinemment, sont derrière lui. Une série de choix malheureux dans les années 90 (le remake d’Oscar, Le flic de Beverly Hills 3, Blues Brothers 2000) ont terni l’image de cinéaste culte qu’il s’était forgée durant la décennie précédente. En mélangeant les genres, en utilisant son érudition cinéphile dans la conception même de ses projets, ce qui en faisait le cousin éloigné d’un Joe Dante, Landis est devenu une signature dont on attendait, malgré ces années écoulées, toujours le retour.

Que son nouveau film, comme ceux de Dante (The Hole) et Carpenter (The Ward) d’ailleurs, soit une relative déception, n’est pas si étonnant. Ce sont des cinéastes, faute de meilleure expression, « de leur époque ». Malgré leur immense talent, ces trois conteurs-nés ont en commun une volonté farouche de ne pas adapter leur style aux modes en cours, aux préceptes visuels auxquels est habituée la jeune génération. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose : on ne trouve pas de montage cut, d’humour distancié ou de décalages anachroniques dans Cadavres à la pelle. Tout comme l’époque à laquelle il se déroule, c’est un film à l’ancienne, avec tout ce que cela implique en matière de gags, de rythme et d’interprétation. C’est aussi là que le bât blesse : le film semble surgi du passé à tous les niveaux, excepté pour ses acteurs.

Comme un décalage…

Landis a eu le nez creux en choisissant Andy Serkis et Simon Pegg, deux des meilleurs acteurs anglais de leur génération, pour tenir les rôles principaux. Malgré tout, le duo semble rarement à sa place : on suit bien sûr avec plaisir leurs aventures d’escrocs croque-morts sans remords (ou presque), mais quelque chose semble sonner faux dans leur façon d’appuyer chaque gag macabre, chaque réplique impertinente (« Ce n’est pas une prostituée, c’est une actrice ! » – « Quelle est la différence ? ») comme si un clairon allait retentir dans la bande-son pour ponctuer leurs bons mots. Ce n’est pas un hasard si le film a été produit sous la bannière des Ealing Studios : Cadavres à la pelle revendique ouvertement l’héritage des comédies produites par le studio britannique avec Alec Guiness, comme Noblesse oblige. Seulement voilà, nous ne sommes plus dans les années 50.

Farce en costumes qui s’essaie maladroitement en cours de route à la parabole politique et à la comédie romantique, Cadavres à la pelle semble donc comme figé dans le temps. Le rythme est lourd, l’humour paraît bien timide en ces temps de comédies zombiesques et d’irrévérences tous azimuts, et les cameos en tous sens ne suffisent pas à pimenter une intrigue pauvre en rebondissements, malgré les événements qu’elle met en lumière, comme l’apparition des premières méthodes de photographie. C’est un retour en demi-teinte pour Landis, que l’on appréciera plus si l’on est fan de son univers (et donc un peu trentenaire quand même) qu’amateur du duo Pegg/Serkis.

Titre original : Burke and Hare

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Durée : 90 mn


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