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Bus Palladium

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Une bande de cinq garçons, dans les années 80, forment un groupe de rock. Revival musical plaisant, rythmé, et pas prétentieux, Bus Palladium est plutôt une réussite.

Premier plan : un vinyle tourne sur une platine : c’est Let it Loose des Stones, tiré de l’album Exile on Main Street. Il n’y avait pas de meilleure amorce pour Bus Palladium si d’aventure Christopher Thompson, dont c’est premier film en tant que réalisateur, avait l’intention de séduire les aficionados de cette époque bénie – 1965-1972 – où s’épanouirent tant de phénomènes du rock – et souvent d’ «étoiles filantes » – jamais égalés depuis. Dès le début du film, on se dit que Thomson est un nostalgique mais que raisonnablement, celui-ci a décidé de réaliser un film pour la jeunesse toute entière à défaut de tourner pour les fans seulement. Bien lui en a pris. Bus Palladium est fort agréable – et pas prétentieux. Une bonne surprise.

Le film narre les aventures d’une bande de copains d’enfance qui forment un groupe de rock. Nous sommes dans les années quatre-vingt, entre deux eaux. Même si Thomson n’a pas voulu trop dater son long métrage, l’époque choisie a toute sa pertinence. C’est une période de transition, queue de comète de deux décennies insouciantes, terme d’une parenthèse enchantée, la fin de la récré. Pourtant le rock bouge encore, il n’est pas encore mort tout à fait… L’époque est charnière et le titre du film la symbolise parfaitement. Le Bus Palladium, discothèque parisienne légendaire distillait de la musique pop rock pour un public trop jeune pour avoir vécu à fond les seventies, mais à point pour en savourer la fin qui s’éternisait. Cette période est révolue. Les musiques insipides, genre radio crochets et autres raps sans mélodie ont le vent en poupe. Il semble que l’air du temps ait oublié le bonheur que procure un bon rif de guitare. Place aux ersatz…

Les aventures d’une bande de copains est un sujet souvent exploité au cinéma mais le résultat n’est pas toujours au rendez-vous. Ici, c’est une tentative réussie. Ne nous y trompons pas, si le film fonctionne, c’est beaucoup grâce à une bande son survitaminée. Mais Bus Palladium a d’autres atouts et notamment des acteurs crédibles, voire attachants à l’image d’Arthur Dupont, dans le rôle du leader ; révolté, doué, faux-airs de Romain Duris et de son alter ego, Lucas (Marc-André Grondin), belle gueule, sensible et réservé. Cette paire, c’est l’âme du groupe, des Jagger/ Richard en miniature, les compositeurs et les patrons. Comme les deux Stones, ils sont un peu des frères ennemis ; l’un plus cérébral que l’autre, et l’autre plus fou que le premier… Comment ne pas penser à Jim Morrison, lors de certaines scènes, par exemple lorsque Manu est filmé torse nu, défoncé, déclamant des poèmes du haut d’un rocher à l’aplomb de la mer. Tel un Dieu nu et fou, Manu se jettera à l’eau devant un public effrayé.

Il y a aussi souvent dans le film des clins d’œil très discrets mais bien réels aux Stones. Les rapports difficiles Jagger/Richard, on l’a dit, Altamont (1), le mini-van de la tournée qui évoque le combi Volkswagen des débuts des musiciens londoniens, mais aussi, le plan rapide d’un studio d’enregistrement qui rappelle celui de one +one, le film de Jean-Luc Godard sur la naissance de Sympathy for the Devil. Toutefois Manu et son groupe ne sont pas les Stones ; à la différence de leurs glorieux aînés sexuellement satisfaits et souvent polygames, nos héros restent relativement paisibles en matière sexuelle et échappent à toute poursuite de hordes de jeunes filles prêtes à s’offrir à leurs idoles. Au contraire, plutôt que de montrer une sexualité débridée, Thomson met en scène une femme fatale, Laura, sous les traits d’Elisa Sednaoui, amoureuse tour à tour de nos deux amis et puis qui disparaît.

Ce qui rend ce film si sympathique, c’est sa modestie ; point d’affectation, de pose des personnages et de la mise en scène. Une seule exigence pour eux : jouer fort et saturer les amplis de leurs guitares. D’ailleurs leur énergie déployée sur scène évoque celle du groupe Téléphone. Le rock, qui souvent rue dans les brancards ne monte pas à la tête de nos héros et garde, ici, la fraîcheur, la candeur d’une adolescence qui se contente de vivre un rêve. Cette simplicité semble avoir été voulue par Christopher Thomson. Les personnages ont une distance vis-vis d’eux-mêmes et de leur histoire, c’est même un sujet de plaisanterie. En témoigne la dernière réplique de Manu, qui nous fait sourire et croire un instant qu’avoir 20 ans peut durer une éternité.

(1) Le 6 décembre 1969, les Rolling Stones donnent un concert sur le circuit automobile d’Altamont en Californie. Il y eut une victime Meredith Hunter, poignardée par des Hell’s Angels qui faisaient le service d’ordre. Ce concert fut marqué par ce meurtre et beaucoup d’autres violences. C’est le sujet de Gimme Shelter, documentaire de 1970.

Titre original : Bus Palladium

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Durée : 100 mn


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