Boy

Article écrit par

Comédie tendre, loufoque et émouvante, « Boy » parlera à tous ceux qui ont gardé un peu d´enfance ou ont souffert de l´absence de père.

Dans les années 80, avec Thriller, Michael Jackson est au faîte de sa gloire et fait rêver tous les jeunes du monde entier. En Nouvelle-Zélande, les Maoris sont toujours un peu en retrait de la vie sociale, on les empêche de parler leur langue. De cela, entre autres choses, l’acteur et réalisateur Taika Waititi, également interprète dans le film, tire un film indépendant, coloré, solaire et optimiste. Pas étonnant qu’il soit devenu un succès au box office dans son pays. Nul doute qu’il devrait plaire en France aussi, et pas seulement aux enfants. « On a tous besoin d’un héros », dit la phrase d’accroche sur l’affiche du film. On a surtout tous besoin d’un papa super-héros qui nous aime et nous donne envie de nous surpasser.

Dans un petit village vivent Boy, son petit frère Rocky, un peu illuminé, et une nuée de cousins dans la maison de la grand-mère qui se charge seule de leur éducation. La maman est morte et c’est sur sa tombe peinturlurée que Rocky croit apprendre les pouvoirs qu’elle aurait eus. Comme dans tous les villages, les enfants vont à l’école, rêvent leur vie, fantasment sur leurs amours et leurs héros et croient tous que leur papa a un super-pouvoir. Bien sûr, Boy n’échappe pas à la règle mais déchante lorsqu’un beau jour son père Alamein et ses deux copains losers, Les Crazy Horses, débarquent à la maison alors que Mémé est partie à d’autres obsèques. Boy va se trouver confronté au principe de réalité : son père est loin d’être le héros, le superman, le shogun qu’il espérait, loin de là !

Pour son deuxième long métrage et après un stage d’écriture scénaristique à Sundance après que son court métrage Two Cars, One Night (2004) fut primé aux Oscars, Taika Waititi nous offre ici une comédie déjantée, tendre, loufoque mais aussi fort émouvante, qui parlera à tous ceux qui ont gardé un peu d’enfance ou ont souffert de l’absence de père. Surprenant aussi par le graphisme et des images choc entre clip et tableau néoréaliste à la Affreux, sales et méchants  (Ettore Scola, 1976) en plus doux, le réalisateur, artiste-plasticien de surcroît, incorpore des moments d’animation pour symboliser les rêves de son héros. Bonne idée, qui donne un film poétique et magique qui n’a rien à envier à des prédécesseurs comme Le Ballon rouge (Albert Lamorisse, 1956) ou Les Dieux sont tombés sur la tête (Jamie Uys,1980).

Film préféré des Néo-Zélandais (ne partez pas avant la fin, vous aurez la joie de découvrir un hakka à la manière de Thriller), Boy montre le monde des adultes à travers les yeux d’un enfant. « Ce décalage permet notamment le traitement humoristique, mais dans ce cas précis, c’est aussi le meilleur moyen pour partager avec le spectateur les fantasmes de Boy », explique le réalisateur. D’où l’aspect fragmenté, fantasque et décousu du film qui en fait tout le charme.

Titre original : Boy

Réalisateur :

Acteurs :

Année :

Genre :

Durée : 98 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..