Boire et déboires (Blind Date, 1987)

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« Blind Date », un gag alcoolisé signé Blake Edwards, qui rajoute au panthéon de ses faiseurs de gags une femme:Kim Basinger.

Walter Davis, alias Bruce Willis, n’a jamais fait confiance à son frère Ted. Mais pour cette soirée avec un important client japonais de l’entreprise dans laquelle il travaille, M. Yakamoto, il a absolument besoin de se faire accompagner. Et sa copine du moment vient de lui faire faux bond. C’est donc la mort dans l’âme que le financier accepte l’option Nadia Gates (Kim Basinger) proposée par son cher frère. Son "blind date" se trouve être finalement une superbe jeune femme. Subjugué, il oublie la seule recommandation qui lui ait été faite à propos de cette dernière : ne jamais la laisser boire. Autrement, elle devient incontrôlable. Sous le charme donc, Walter Davis lui offre un verre de champagne, mettant ainsi en péril sa soirée et surtout sa carrière.

Blind Date (Boire et déboires), qui sort dans les salles américaines le 27 mars 1987, a été décrit par certains critiques comme « le gag parfait ». Au coup de folie alcoolique de Nadia Gates, succède celui de Walter, excédé par la tournure prise par la soirée. Mais en matière de délires, les deux tourtereaux sont largement supplantés par celui de l’ancien petit ami de Nadia. Sa spécialité : encastrer sa voiture dans les vitrines des magasins quand il est à la poursuite de sa dulcinée. Blind date pourrait être considéré comme le pendant burlesque – un genre dans lequel le dépressif chronique Blake Edwards est passé maître – du drame Le Jour du vin et des roses (Days of wines and roses, 1961), qui traitait aussi de l’alcoolisme.  La Grande course autour du monde (The Great race, 1965), The Party et la série des Panthère Rose (le premier date de 1963) sont quelques unes des illustrations les plus marquantes du talent du fan de Laurel Hardy en la matière.

Mais l’humour de Blackie – comme le surnommait son épouse et égérie Julie Andrews, justement pour cette raison-là – est noir. Les situations comiques sont le résultat d’un malaise ou d’un mal être. C’est le cas chez l’inspecteur Clouseau ou le comédien indien de The Party, tous deux incarnés par Peter Sellers. Les débordements de Nadia Gates s’inscrivent dans la même veine. Kim Basinger sera d’ailleurs la première femme à qui Edwards octroie un tel pouvoir comique, jusqu’ici réservé à ses héros masculins. Il faudra attendre Switch (Dans la peau d’une blonde, 1991) avec Ellen Barkin, une autre blonde plantureuse, pour retrouver un personnage féminin avec la même envergure gaguesque. Kim Basinger, perle comique d’Edwards, est découverte dans The Man who love the women (1983), remake de L’homme qui aimait les femmes (1977) de François Truffaut. Le film constitue alors le galop d’essai réussi pour Basinger, femme adultérine « punie par les gags », note Sam Wasson dans A splurch in the kisser: the movies of Blake Edwards. Quand Madonna et Sean Penn déclinent l’offre Blind Date, il restera à Blake Edwards à trouver l’homme qui donnera la réplique à la sublime blonde. Bruce Willis, qui endossera  le costume de Walter Davis, n’est encore qu’un inconnu, sauf pour les amateurs de la série Clair de Lune (Moonlighting, 1985-1989). Un an plus tard, Piège de cristal (Die Hard, 1988) fait de lui une star. Entre temps, le succès commercial de Boire et déboires permettra à Willis et à Edwards de se retrouver pour Meurtre à Hollywood (Sunset, 1988).

L’équilibre comique de Boire et déboires repose sur l’alternance chaos / calme. Sous les brumes de l’alcool, Nadia Gates s’avère outil d’émancipation pour Mme Yakamoto, traitée en femme-objet par son époux, et révèle Walter à lui-même : il avait choisi la finance au détriment de sa passion pour la musique et la guitare. Et sa garde-robe en témoigne. Mal fagoté en costume, il s’en libère tout au long du film pour finalement retrouver un look décontracté, plus conforme à sa fibre artistique. Si la mécanique Boire et déboires fonctionne, il n’en demeure pas moins que ce film constitue une œuvre secondaire dans la filmographie de Blake Edwards dans les années 80.  Cette décennie sera surtout marquée par des films comme Elle (1979), où il donne sa chance à Bo Derek, qui y incarne le fantasme d’un séducteur vieillissant, S.O.B (1981), où il règle ses comptes avec Hollywood et la comédie de travestissement Victor/Victoria (1982). Mais il y a surtout That’s life (1986), qui s’apparente à une autobiographie cinématographique dans laquelle son ami Jack Lemmon incarne un homme atteint d’un cancer qui s’interroge sur sa mort prochaine. Sa femme aimante est bien évidemment incarnée par Julie Andrews, dont Blake Edwards s’est évertué durant sa carrière à effacer l’image lisse héritée de Mary Poppins (1964) et La Mélodie du Bonheur (The Sound of music, 1965) depuis leur première collaboration, Darling Lili (1970). Dans l’univers edwardsien, elle fut souvent celle qui ne faisait pas rire. Bien au contraire. Le personnage de Kim Basinger dans Boire et déboires en devient d’autant plus singulier.

Titre original : Blind Date

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Durée : 95 mn


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