Asako I&II

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A l’image des protagonistes qui ne trouvent pas d’issue à leur histoire, nous non plus on ne trouve pas d’issue à ce film qui ne semble finalement pas abouti et qui prend de fausses allures de téléfilm.

Un début prometteur

Avec Senses, une fresque envoûtante de 5 heures, Ryusuke Hamaguchi s’imposait comme l’une des figures montantes du cinéma japonais. Aujourd’hui, le jeune réalisateur « élève prodige de Kurosawa » poursuit son exploration de la complexité de l’âme humaine avec Asako I&II, lui valant une nomination pour la Palme d’Or au dernier festival de Cannes.

Adapté du roman de Tomoka Shibasaki, Asako I&II raconte la folle histoire d’amour entre la douce Asako et l’ingénu Baku. Seulement, celui-ci disparaît du jour au lendemain et deux ans plus tard, la jeune femme rencontre Ryohei, ressemblant comme deux gouttes d’eau à son amant perdu…

Hamaguchi fait le pari de s’enliser dans une atmosphère convenue mais pudique tout au long du film, presque stéréotypée avec son romantisme enfantin cher à la culture japonaise et la magie opère pendant la première partie de l’histoire : celle entre Baku et Asako. On est alors soufflés par le spectacle de couleurs et la symphonie musicale auxquels on assiste car malgré l’aspect extrêmement réaliste du film, on nage en plein conte grâce à des scènes de coup de foudre suspendues comme dans un rêve ; notamment celle où Asako et Baku se tournent l’un vers l’autre au ralenti, chacun à une extrémité du pont, le vent dans les cheveux. Une sensation de fantastique flotte alors dans l’air, donnant une grande force aux images accompagnées de beaux jeux de lumière ainsi que d’une bande-son audacieusement électronique.

 

Charmé…ou troublé !

Cependant, il faut avouer que cette impression de fantastique est avant tout portée par la puissante et pourtant sobre interprétation de Masahiro Higaside incarnant Baku. Bien que Erika Karata (Asako) brille dans son tout premier rôle au cinéma, la disparition subite de Baku plonge cette seconde partie du film dans une ambiance fade autant dans la lumière que dans les couleurs. Peut-être un choix du réalisateur pour refléter l’état d’esprit d’Asako ? On a alors seulement l’impression de suivre le trouble amoureux d’une jeune femme déboussolée qui croit encore au premier amour éternel. Une errance déprimante qui ne dure pas bien longtemps (et heureusement…) car voici Asako de nouveau séduite par un jeune homme en tous points ressemblant à son cher Baku…et pour cause…puisqu’il s’agit du même acteur !

Un choix original et intéressant de la part de Hamaguchi qui nous présente un Ryohei, jumeau physique de Baku certes, mais avec une personnalité aux antipodes de celui-ci ; le talent de Higaside repose dans la dualité de son jeu d’acteur, troquant l’image d’un jeune vagabond aux cheveux longs pour celle d’un jeune cadre propet et répondant parfaitement aux normes de la société japonaise. Et c’est là que l’on peut être soit charmé par cette histoire aux allures de feuilleton sentimental des années 60, ou troublé, voire perdu.

On retrouve en effet des scènes inégales, mêlant documentaire et fiction : on a l’impression que le réalisateur filme ses personnages avec une certaine distance (cela se ressent également dans la prise de vue, avec peu de gros plans). Il appréhende ses acteurs avec une certaine pudeur, comme des petits rats de laboratoire dans leur cage constamment observés. Du coup, on peut alors se sentir écarté de l’intrigue amoureuse et aucune empathie ou attachement envers Ryohei n’est envisageable : Ce dernier aura toujours le rôle de l’éternel remplaçant.

Il fallait bien une fin. Baku ressurgit dans la vie d’Asako et comme dans tout drame romantique qui se respecte, celle-ci se retrouve confrontée à un dilemme : Qui choisir ? La morale l’emporte, après une brève escapade avec Baku, Asako revient finalement vers Ryohei…sauf que le film se termine sans que l’on ne connaisse vraiment le dénouement.

Porté dans un premier temps par ce romantisme pudique répondant aux codes de la culture japonaise, on adhère aux souhaits du réalisateur qui voulait que son film soit un peu un conte fantastique. Malheureusement, l’étincelle et la féerie s’évaporent bien trop brusquement, laissant un goût d’inachevé. On aurait aimé y croire.

Titre original : Netemo Sametemo

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Durée : 112 mn


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