Abdelinho

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Une comédie douce-amère sur la montée de l’intégrisme musulman au Maroc.

Du journalisme au cinéma

Pour son quatrième long-métrage, Hicham Ayouch frappe fort et s’impose par un acte fort dans le contexte du cinéma marocain actuel. Né d’une mère juive française d’origine tunisienne et d’un père musulman marocain, il est un ancien journaliste reconverti dans le cinéma. En 2005, il tourne Les Reines du Roi, un documentaire télévisé sur le nouveau statut de la femme au Maroc. Un an après, il signe son premier long-métrage de fiction, Tizaoul (Les Arêtes du cœur), coécrit avec Hicham Lasri. Puis, en 2007, il réalise un nouveau documentaire télévisé, Poussières d’ange, sur des sportifs handicapés mentaux. C’est avec son deuxième long-métrage de fiction qu’il gagne une renommée internationale : sorti en 2009, Fissures est applaudi dans les festivals européens avant d’être projeté au Museum of Modern Art de New-York et à la Tate Modern à Londres. Enfin, en 2013, il réalise un nouveau long-métrage de fiction, Fièvres, qui porte sur les délicates relations d’un père et de son fils dans une cité française. 

Une comédie à la Amélie Poulain

Avec Abdelinho, le réalisateur parvient à nous divertir avec un sujet grave qui est en train de dévorer hélas le Maroc : l’intégrisme religieux. L’histoire d’Abdelinho est celle d’un jeune homme qui vit dans une petite ville du Maroc où il donne des cours de samba et connaît une réputation de doux dingue. Il nourrit une véritable passion pour le Brésil, d’où son surnom, et refuse toutes les femmes que sa mère veut lui imposer sous prétexte qu’il est amoureux de Maria, une héroïne de telenovela qu’il regarde en boucle. C’est sur ce scénario assez simple qu’Hicham Ayouch déploie tout son savoir-faire de metteur en scène en proposant un film à la manière esthétique du Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet pour certains plans et les décors et costumes parfaitement choisis. C’est un univers loufoque qu’a choisi ledit Abdelinho dans lequel les gens sont libres et rêvent d’aimer et de danser en plein soleil jusqu’au jour où sa mère, qui suit assidûment l’émission d’un puissant télé-évangéliste musulman, Amr Taleb, lui demande d’intervenir pour convertir son fils. 

Le nuit chasse le jour

L’obscurité fait suite alors à la lumière et Amr Taleb prend le pouvoir dans la ville, voile les femmes et rend les hommes tous identiques avec barbes et vêtements religieux. C’est un changement complet de style puisque les nouvelles autorités interdisent la danse et la musique. C’est malheureusement quelque chose qui s’est vu et se voit encore dans certains pays du Golfe et le réalisateur nous prévient que cela peut gagner tout le Maghreb et pourquoi pas l’Europe. « Le personnage d’Amr Taleb représente le danger de l’instrumentalisation de la religion, en particulier lorsqu’il s’agit d’importer des pratiques étrangères qui n’ont aucun lien avec la culture locale. Le Maroc a été victime de l’invasion idéologique du wahhabisme, qui a propagé sa manière de vivre et sa pensée, entraînant un recul du pays en termes de valeurs. C’est ce que symbolise métaphoriquement le personnage d’Amr Taleb, cette colonisation des esprits venant de l’étranger. » Mais heureusement, le film finit bien. Toutefois, on pourrait se poser ainsi une question qui mérite toutefois d’être posée : pour échapper à l’obscurantisme religieux, sommes-nous vraiment obligés d’adhérer à l’américanisation des esprits avec la rêverie sur les séries et leur idéologie matérialiste et capitaliste ? Existe-t-il seulement une autre possibilité ?

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Durée : 100 mn


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