A une heure incertaine

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Entre reconstitution historique et drame, ce deuxième film de Carlos Saboga impose un réel style.

Ne surtout pas se laisser démotiver par le sujet du film : avec ce deuxième opus (après Photo en 2012), le scénariste Carlos Saboga nous propose ici un petit bijou de précision et d’intimité avec ce film d’une heure quinze, présenté comme une sorte de huis-clos. Commencé comme un film historique avec des images d’archives, À une heure incertaine nous fait entrer de plain-pied dans un pan de l’histoire du Portugal peu ou mal connue. Sur un scénario de Carlos Saboga qui fut, entre autres, scénariste de Raúl Ruiz pour Mystères de Lisbonne en 2010 et produit par Alfama Films du très productif Paulo Branco, À une heure incertaine met en scène un hôtel de la grande époque maintenant abandonné dans un Portugal dominé par un dictateur, António de Oliveira Salazar, qui a tenu son pays à l’écart de la Deuxième Guerre mondiale. Au moment des pires atrocités nazies, son pays pourtant dominé par une dictature de fer qui lui survivra accueille nolens volens des réfugiés, notamment juifs, qui attendent sans doute un transatlantique pour traverser l’Océan et se retrouver en Amérique. C’est ainsi que ce film met en scène l’histoire de Boris et Laura, deux réfugiés juifs français, frère et sœur, arrêtés par la police portugaise. Mais l’inspecteur Vargas tombe amoureux de Laura et décide de cacher les deux Français dans l’hôtel désert où il vit avec sa fille Ilda, son épouse gravement malade et leur jeune domestique dont le charme ingénu ne laissera pas indifférent le policier subalterne de Vargas.

Voici dessinée une histoire mêlant à la fois l’Histoire, l’amour et les sentiments ambigus tels que la jalousie et le pouvoir, en évoquant curieusement les atmosphères buňueliennes. Dans un décor magnifique et épuré, avec de belles couleurs sombres illustrant parfaitement cette tragique période de l’humanité, Carlos Saboga sait tisser les fils d’un drame inexorable dans lequel on peut lire comme en filigrane le destin du monde fait de doutes, de trahisons et d’amours pas souvent partagées. « Un univers en clair-obscur, comme l’écrit le scénariste-réalisateur lui-même dans sa note d’intention, où seuls les bruits extérieurs font parvenir des échos sporadiques de la vie urbaine et, à travers la radio et les bribes de la bande sonore des actualités du cinéma voisin, le fracas de la guerre qui se poursuit ailleurs. » On pense bien sûr ici à Une journée particulière d’Ettore Scola (1977), dans lequel le brouhaha du speaker qui commente la rencontre entre Mussolini et Hitler entre même par les fenêtres de l’appartement, comme si la guerre, ce monstre avide de sang et de mort, s’imposait à nous par tous les moyens et pourrissait les relations humaines dans ses moindres détails et même dans des lieux qui s’en veulent détachés, avec la même force que dans les tragédies grecques des Atrides où la mort et la guerre ont un visage, celui de la fatalité. En effet, À une heure incertaine parvient avec maestria à nous montrer le drame de ces personnes qui tentent d’échapper qui à la déportation, qui à leur classe sociale, qui à la guerre mondiale tout en ne voulant jamais abandonner leurs prérogatives ou leur petit pouvoir. Remarquable.

Titre original : À une heure incertaine

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Durée : 75 mn


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