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7 psychopathes

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Du plaisir coupable des incessantes citations.

Deux hommes patibulaires, sans carrure, discutent. Ça cause bastos enfoncées dans l’orbite, Dillinger, Kennedy, héros réels, hommes de fiction, nous sommes déjà perdus. Bientôt, l’un d’eux aborde leur engagement immédiat, éliminer une femme. Pas le temps, un fou furieux masqué surgit dans leur dos et leur colle deux balles dans le buffet. Marty (Colin Farrell) est péniblement réveillé par la venue de son meilleur ami, Billy (Sam Rockwell), loser extatique et collant. On apprend que Billy est mêlé à une arnaque de chiens disparus. Il kidnappe son boss, Hans (Christopher Walken), récupère puis ramène le canidé à son maître en empochant la récompense promise. Charlie (Woody Harrelson), gangster nerveux, menace une femme potelée et terrorisée. Son chien a disparu et la jeune dog sitter a échoué dans sa tâche. Retour aux deux amis, Marty cherche à combler les pages de son scénario, 7 psychopathes. Billy lui file deux trois idées, et, sans l’accord de Marty, publie dans le journal une annonce appelant psychopathes de tous bords à joindre le scénariste.

7 psychopathes ne démarrait pas sous les meilleurs augures. Titre putassier, déguisement carnavalesque de all star movie, scénario de fin de lycée, le second film de Martin McDonagh (après Bons baisers de Bruges en 2008) s’annonçait comme un navet ambulant. Mais c’était trop vite oublier l’œil malin et la verve habile du dramaturge irlandais. Bons baisers du Bruges avait su séduire par ses qualités shakespeariennes, l’élevant au-dessus de la masse médiocre de polars cool. Tragi-comédie peuplée de personnages luxuriants, le film s’emparait de la torche du metteur en scène élizabéthain pour la poser dans le socle du panthéon des meilleurs films des années 2000. 7 psychopathes reprend cet héritage optant cette fois pour le masque du baroque, peinturlurant joyeusement un monde illusoire et pleinement fictionnel.

7 psychopathes assume son scénario troué d’incohérences éclatantes, de mystères abscons, et travaille ses failles par une passion ludique pour l’imbrication fellinienne de film dans le film. Matérialisées à l’écran, les portions du scénario de Marty apparaissent bien moins comme des parodies un peu vaines que comme des jeux délicieusement puériles, impliquant directement le spectateur. Les citations stimulent une cinéphilie récente (la triologie Matrix – Andy et Larry Wachowski, 1993 et 2003 ; Gran Torino – Clint Eastwood, 2009), un peu facile, mais toujours au service d’un réseau labyrinthique troublant. On pénètre les coulisses (un film s’écrit) sans jamais casser le quatrième mur. Aucun regards caméra ne nous est adressé, constamment 7 psychopathes conserve son masque de fiction. Nous nous perdons au sein des films, sans en sortir, baladé par un McDonagh hilare, proche en cela des malices de Last Action Hero (1993), réalisé par un autre Mc(Tiernan).
  
  

 
  
Parfois le film tombe dans le dramatique (et dans ces rares moments, échoue), mais tiré à bout de bras par une dominance comique crépitante, 7 psychopathes préserve son grand sourire de bout en bout. Le film est clairement un amas, prises une par une une, de punchlines limitées. Mais soudés par un scénario monté adroitement, les dialogues s’affranchissent du cap du bide affligeant pour atteindre les côtes de l’hilarité. Le canidé volé, moteur central du film, n’y est sans doute pas pour rien. Le grand méchant malfrat soulève Los Angeles, accumule les cadavres, tout ça pour… un chien de cinq kilos. Running gag accompagnant 7 psychopathes jusqu’au bout, ce fameux shih tzu kidnappé sert de cordon voyant s’accrocher plusieurs personnages bariolés.

McDonagh joue, surjoue même, des retrouvailles en compagnie d’un Christopher Walken décati. Appelant une filmographie truffée de protagonistes puissants (King of New York – Abel Ferrara, 1990 ; True Romance – Tony Scott, 1993), le réalisateur semble donner à Hans une force cachée. Le déphasage entre sa situation minable (simple voleur de chien) et son assurance face aux dangers de mort fait déborder sa personnalité de 7 psychopathes. Hans devient Hans Walken, chimère cinéphilique transitant de films en films. Même plaisir passionné par l’intrusion de Tom Waits. En permanence, la musique hurle, envahit l’espace sonore, mais quand Waits parle, la bande son se tait. Le film écoute les rocs de son timbre rouler au gré de la séquence, réclamant de nouveau l’artiste derrière le personnage de Zachariah. L’entendre parler dans 7 psychopathes, c’est écouter tout un pan de sa discographie, intimement lié à l’univers du cinéma (Down by Law, Night on Earth – Jim Jarmusch, 1985 et 1991). Unique raté dans un chouette chapelet d’acteurs (Farrell s’en sort plutôt bien et Sam Rockwell défend sa prestation grimaçante avec panache), Woody Harrelson. Péniblement, Harrelson fait avancer son gangster clopin-clopant. Terne, sans classe, son psychopathe offre une tripotée de figures molles et peu convaincantes.

7 psychopathes tire sans cesse des salves gratuites de plaisirs passionnels, s’inscrivant dans une lignée tarantinienne agrémentée d’interpénétrations de films, maintenant une confusion, discourant continuellement sur la friabilité du réel. 7 psychopathes assume sa vacuité de film cheap et se plaît à nous voir renifler les parfums enivrants du plaisir coupable.

Titre original : Seven Psychopaths

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Durée : 110 mn


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