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7 ans

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Une femme repasse en regardant vaguement la télé, elle plie consciencieusement chemises et pulls. La première scène de 7 ans, premier long-métrage de Jean-Pascal Hattu, serait d´une parfaite banalité si Maïté ne terminait pas son travail en parfumant les vêtements. Ces habits sont ceux de son mari Vincent, condamné depuis peu à 7 ans d´emprisonnement […]

Une femme repasse en regardant vaguement la télé, elle plie consciencieusement chemises et pulls. La première scène de 7 ans, premier long-métrage de Jean-Pascal Hattu, serait d´une parfaite banalité si Maïté ne terminait pas son travail en parfumant les vêtements. Ces habits sont ceux de son mari Vincent, condamné depuis peu à 7 ans d´emprisonnement pour une raison inconnue et qui le restera. Maïté semble vivre sans espoir, avec pour seules occupations ses quelques tâches ménagères et les visites régulières au parloir. Sa voisine Djamila dont elle garde le fils pendant la journée représente son unique contact avec le monde extérieur, son dernier lien social. L´enfermement de Maïté dans ces habitudes répond à celui, purement physique, de Vincent.

Le début du film est une succession de scènes très courtes, la caméra ne bouge quasiment pas, elle s´attarde sur les murs, les portes. La torpeur du quotidien, la frustration des désirs réprimés, le sentiment d´enfermement semblent être omniprésents. L´univers de Maïté se résume à sa maison, à l´attente devant la prison et aux discussions stériles dans le parloir. Elle hésite avant de refuser un emploi sous la pression de Djamila et de son enfant, incapable d´imposer une décision personnelle, incapable de se soulever contre les mots souvent blessants de son mari, elle est prisonnière d´une situation aliénante.

L´apparition soudaine d´un troisième personnage bouleverse cet équilibre : Jean, jeune gardien à la prison, tente de séduire Maïté qui ne lui oppose aucune résistance. Une nouvelle habitude vient s´ajouter aux autres : les deux amants se retrouvent régulièrement dans la voiture de Jean avant d´aller faire l´amour dans la campagne. Le spectateur comprend lentement que Jean ne fait qu´obéir aux ordres de Vincent, tiraillé entre ses fantasmes et le désir de rendre sa femme heureuse.

7 ans devient alors l´histoire d´un triple enfermement : la prison pour Vincent, l´amour de Maïté pour son mari, la manipulation perverse subie par Jean. Les personnages ne se parlent pas, les motivations demeurent secrètes, et les vrais sentiments peinent à percer l´étrange jeu instauré par le prisonnier. Aucun n´y trouve son compte mais chacun se complait dans cette situation. La violence devient le principal moyen de communication, violence physique pour Vincent, violence sexuelle pour les deux autres. Quand les mots ne peuvent plus exprimer l´angoisse ou la solitude, il ne reste que la souffrance d´êtres solitaires, dénués de toute empathie, cloîtrés dans leur propre obscurité.

Jean-Pascal Hattu s´est longuement intéressé au monde carcéral avant de tourner ce film, il a réalisé différents reportages pour l´émission Strip-tease (dont un documentaire sur une gardienne de prison). Son film colle donc à la réalité, et retranscrit la difficulté d´entretenir une relation à distance, une liaison sans contact physique. Malheureusement, on attend un peu plus d´un film qu´un cliché d´une situation donnée, la répétition, au centre du système narratif, finit par lasser. L´absence de dialogue, véritable choix artistique, enferme les personnages dans leur propre caricature. Si Cyril Troley (Jean) prend parfaitement la mesure de son personnage et entretient jusqu´au bout l´ambiguïté de ses intentions réelles, Valérie Donzelli (Maïté) est nettement moins convaincante, son rôle, difficile, semblant la dépasser par moment. Certaines scènes, telle l´intervention << musclée >> de deux gendarmes, frisent alors le grotesque.

La film ne se détache jamais vraiment d´une certaines lourdeur, Hattu pose des questions et refuse d´apporter des réponses, à vouloir trop entretenir le mystère autour de cette relation à trois, elle lui échappe complètement. Le spectateur tente d´interpréter certaines réactions, de comprendre ce que peut ressentir un couple déchiré. Le film devient donc un véritable objet de réflexion après son visionnage qui reste fastidieux. L´histoire retrouve néanmoins un second souffle dans le dernier quart d´heure, une excursion à la montagne sera l´occasion de dénouer la situation et d´apporter, à travers un plan réussi en haut des montagnes, une lueur d´espoir à Maïté et une bouffée d´oxygène aux spectateurs.

Titre original : 7 ans

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Durée : 86 mn


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