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33ème nuit des César

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La graine et le mulet, ou le symbole d´un César engagé.

La graine et le mulet, d’Abdelatif Kechiche, sacré meilleur film de l’année 2007 ! L’académie des César réitère son désir de l’an passé : mettre en avant le cinéma d’auteur. L’an dernier, le sacre de Lady Chatterley, de Pascale Ferran, avait offert à la réalisatrice l’occasion de taper un grand coup sur la table, dénonçant les dérives économiques du cinéma français. Abtelatif Kechiche, dont La graine et le mulet vient d’être couronné de quatre César (meilleur film, réalisateur, scénario et espoir féminin comme pour son Esquive il y a trois ans), a pour sa part tenté une allusion ironique à France 2 Cinéma, dont les subventions tendent à disparaître.

Malaise au théâtre du Châtelet. La 33ème cérémonie des César est ponctuée par des sous-entendus cyniques au regard de la politique culturelle actuelle du gouvernement. Antoine de Caunes plaisante sur la grève des scénaristes hollywoodiens, assurant qu’un mouvement similaire serait inenvisageable en France, « un service minimum permettant aux usagers du cinéma de ne pas être pris en otage ». Il enchaîne plus tard avec une plaisanterie sur la différence entre un « cinéma étranger subi et choisi », avant la remise du César du meilleur film étranger à La vie des autres, du cinéaste allemand Florian Henckel von Donnersmarck.

Il faut attendre la remise du « super-César d’honneur » à Jeanne Moreau, célébrant ses 60 ans de carrière, pour que la grande dame, dans un discours grave, concentre l’attention sur la situation du cinéma français, fragilisé par « certaines mesures gouvernementales qui l’affaiblissent » et l’expansion d’une « concurrence déloyale ». Invités et nommés ne se sont pas privés non plus d’accumuler les répliques tranchantes. Vendredi 22 février 2008, le « César Syndrom » expression inventée par De Caunes en début de soirée pour désigner le stress des nommés, s’est redéfini en une résistance collective assumée pour le cinéma français.

Si l’objectif que s’était donné le président de la soirée Jean Rochefort, « être rigolo coûte que coûte », n’a pas vraiment été rempli, l’émotion et la surprise se sont invitées à plusieurs reprises, notamment avec le César du meilleur espoir féminin remis à Hafsia Herzi pour son rôle dans La graine et le mulet, et le César de la meilleure actrice décerné à Marion Cotillard pour La Môme. L’acteur, réalisateur et producteur italien Roberto Begnini, qui s’est vu remettre un César d’honneur pour l’ensemble de son œuvre, a tenu à rappeler la disparition de deux monuments du cinéma : Michelangelo Antonioni et Ingmar Bergman en proposant à la salle une minute de silence en leur mémoire.

C’est donc dans une ambiance crispée que s’est déroulée la 33ème cérémonie des César. Son palmarès, bien qu’assez attendu, s’est révélé d’un hétéroclisme honorable. L’équilibre tant recherché dans l’économie du cinéma français aura su être créé et respecté l’espace d’une soirée. Soirée qui s’est achevée avec la diffusion sur Canal + de Lady Chatterley, comme un ultime symbole de résistance.


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