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Vol 93 (United 93)

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11 septembre 2001, les Etats-Unis sont secoués par une vague d’attentats dévastateurs. Le World Trade Center, grand symbole de l’hégémonie du pays, s’écroule suite à une attaque terroriste ayant détourné deux avions. Suivront deux autres attentats, l’un sur le pentagone et l’autre dans un champs près de Pittsburgh (tout deux des crashs aussi). C’est sur […]

11 septembre 2001, les Etats-Unis sont secoués par une vague d’attentats dévastateurs. Le World Trade Center, grand symbole de l’hégémonie du pays, s’écroule suite à une attaque terroriste ayant détourné deux avions. Suivront deux autres attentats, l’un sur le pentagone et l’autre dans un champs près de Pittsburgh (tout deux des crashs aussi). C’est sur ce dernier attentat que le cinéaste a choisi de se pencher. Conscient des risques quant à la légitimité d’une telle entreprise, surtout aussi peu de temps après les faits, il n’en était pas moins décidé à livrer ce qu’on pourrait appeler un hommage à toutes les personnes disparues lors de ce crash. Vol 93 s’avérait donc être un projet casse gueule avant le premier tour de manivelle. Mais pourtant le miracle a bien lieu grâce au savoir faire immense de son réalisateur.

Une des grandes forces du film de Greengrass est de nous placer d’emblée devant le point de vue des terroristes via une scène étonnante de justesse, au cours de laquelle les instigateurs du futur attentat prient dans une chambre d’hôtel avant d’embarquer. Ce parti pris est à saluer tant le cinéaste se refuse à schématiser ses personnages, à les enfermer dans une vision manichéenne. Au contraire, dès le début il leur donne de l’épaisseur. Même s’ils sont fermement décidés de mener à bien leurs actes, il n’en demeure pas moins une certaine appréhension chez certains, en témoigne la scène dans l’avion où l’un des terroristes hésite à donner le feu vert à ses hommes alors que ces derniers le pressent dans sa démarche. La mise sous tension du récit apparaît donc à travers le dépassement du seul point de vue des passagers, puisque celui des terroristes est lui aussi finement abordé. Opposition frontale dont l’intensité suinte par tous les pores de la pellicule.

Un des grands défis du film était de ne pas tomber dans le mélo facile à la manière d’un World Trade Center (Oliver Stone, 2006) par exemple. Le cinéaste ne cherche pas à valoriser d’une quelconque façon ses personnages. Au contraire, le choix du casting renforce encore le sentiment d’implication par rapport aux protagonistes. Ici, point de Bruce Willis ou de Nicolas Cage pour forcer le capital sympathie du spectateur, mais de parfaits inconnus très convaincants, campant des personnages vides de tout stéréotype. Porté par une mise en scène privilégiant la caméra à l’épaule, Vol 93 joue très explicitement la carte du documentaire. On connaissait déjà les aptitudes du cinéaste pour ce style de réalisation avec son troublant Bloody Sunday, vrai-faux documentaire sur un attentat ayant ensanglanté l’Irlande en 1972. Avec le deuxième opus des aventures de Jason Bourne, l’homme nous avait aussi livré un film très efficace et véritablement immersif sur le plan formel.

Pour Vol 93, le réalisateur renoue avec les éléments de son premier film. L’approche est à ce point réaliste que l’ambiance génère un malaise permanent, plaçant de ce fait le spectateur dans la position très inconfortable de voyeur, pire, lui faisant vivre les évènements comme si il y était. L’implication y est très forte et on tremble énormément pour les passagers. Conscient de traiter un sujet épineux, surtout à l’égard des victimes et de leurs familles, Greengrass a essayé de retranscrire au plus près la réalité de ces évènements, les derniers instants des passagers du Vol 93, allant même jusqu’à « caster » des personnes ayant vécu la situation au sol.

Bien sûr, Vol 93 peut comporter son lot de réfractaires estimant qu’il n’était pas nécessaire de faire un tel film. Mais c’était sans compter le véritable travail de reconstitution de ce moment fatidique par un réalisateur réellement investi par son sujet et avant tout désireux de rendre un vibrant et brillant hommage aux personnes ayant péri dans le crash. Via un montage hallucinant, des acteurs incroyables de justesse et une tension insoutenable jusqu’au « climax », Greengrass réalise une oeuvre d’intensité brute, barbare et révoltante à la fois, un de ces films dont il est très difficile de se relever.

Titre original : United 93

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Durée : 90 mn


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