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The Hunter

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« The Hunter » suit un homme chassant avec virulence des policiers innocents par vengeance et folie, mais aussi les idées reçues sur le cinéma iranien. Quand Rafi Pitts défie la censure pour se rapprocher de son jeune public, ça s´entend.

« Le fait de me retrouver devant la caméra fut équivalent à sauter dans le vide sans parachute », Rafi Pitts.

Hanté par la vengeance

En plein cœur de Téhéran, Ali, tout juste sorti de prison, rentre chez lui auprès de sa femme et de son adorable petite fille. Sauf qu’à peine la porte de son appartement franchie, il découvre un foyer vide et surtout, constate la disparition de sa famille suite à des émeutes. Rongé par la haine et la vengeance, il se lance dans une chasse à l’homme, au policier et aux démons qui le hantent.

Inspiré par un chasseur qui travaillait de nuit dans une usine, le réalisateur Rafi Pitts a écrit son scénario pour les jeunes de son pays, qui représentent plus de 70% de la population totale en Iran. Une tension constante entre l’homme du peuple et les policiers hante le film où le dialogue cède la priorité aux images. Parfois brusque, la succession des scènes d’affrontement entre cet homme qui, enivré par la douleur et la souffrance, décide de tirer au loin sur des policiers, et ces autres hommes au service du pouvoir, lancés à la poursuite de ce « tueur de flics », étonne dans un contexte de production cinématographique iranien régi par une censure draconienne et punitive.

The Hunter, passé entre les mailles du filet autoritaire

Sans le vouloir, tourné deux jours avant les émeutes qui ont secoué l’Iran, The Hunter est devenu est film engagé et politique. Rafi Pitts, marqué par l’emprisonnement de ses deux amis réalisateurs Jafar Panahi et Mohammad Rasoulov pour une idée de film, a pris conscience de la portée de son film pour le cinéma iranien. Souvent qualifiées de poétique, les productions iraniennes tendent généralement à devenir de véritables pamphlets humanistes, au plus près du réel et des iraniens. The Hunter dépasse l’histoire d’une vengeance pour peindre le portrait d’un pays policé, séquestré par une censure et un gouvernement autoritaire, sans justice ni liberté.

Il aura fallu 6 mois au réalisateur pour que la censure accepte la liste des acteurs proposés pour The Hunter et quelques secondes pour accepter de jouer le premier rôle de son film, par peur que tout soit annulé. Pour sa première fois devant la caméra – à défaut d’être toujours derrière au cours du tournage –, Rafi Pitts fait appel à la tristesse et au côté sombre de sa personnalité pour donner le meilleur de lui-même en tant qu’acteur.

Les limites de The Hunter

Difficile pour un réalisateur, bloqué dans son art par la censure – un homme présent tous les jours sur le tournage – ainsi que jugé par une police iranienne opposée au film, de laisser libre cours à son idée de départ. La force de The Hunter est le rapprochement entre la réalité, son contexte et le résultat final. Néanmoins, malgré un cadre fort et une volonté de défendre un film courageux, The Hunter manque d’action, les longues scènes de marche d’Ali et de deux policiers dans la forêt ralentissant sensiblement le rythme du film.

Film n’étant par ailleurs pas diffusé en Iran, mais circulant comme beaucoup dans le cadre du marché noir mais qui mériterait largement d’être vu par ces jeunes iraniens à qui Rafi Pitts le dédie. Après Sanam (2000) et C’est l’hiver (2006), le cinéaste ouvre une nouvelle fois la voie à une forme précieuse de cinéma engagé : entraînante, intelligente, tissée autour d’une histoire très proche du réel et de l’humain.

Titre original : Shekarchi

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre :

Durée : 92 mn


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