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Sucker Punch

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Psychanalyse, rock´n´roll et action décérébrée au programme du film le plus personnel et réussi de Zack Snyder.

Selon les points de vue, Zack Snyder s’était avéré avec ses précédents films le brillant ou médiocre illustrateur de matériaux existants et emblématiques. Les reproches étaient d’ailleurs confus et contradictoires, puisque portant à la fois sur la supposée fidélité sans idées (type Robert Rodriguez avec Sin City) et les vrais apports de Snyder dénaturant les œuvres originales. La parabole politique du Romero de Zombie devenait ainsi un actioner virtuose dans L’Armée des Morts. La charge de testostérone du fascisant 300 de Franck Miller se voyait atténuée par une touche de féminisme inattendue avec ce fameux regard de Léonidas à son épouse cherchant son approbation avant de décider de partir en guerre. Dans Watchmen, Snyder contrebalançait l’aspect crépusculaire et désenchanté démystifiant les super héros par une mise en scène qui au contraire les magnifiait sous forme de Dieux de l’Olympe des temps modernes. Le récent Royaume de Ga’Hoole, malgré quelques maladresses, teintait lui le film pour enfant d’une saisissante noirceur et d’une possible et fort osée réflexion sur l’enrôlement des jeunesses hitlérienne. Sucker Punch est le premier scénario original mis en scène par Zack Snyder (qu’il a co écrit avec son ami Steve Shibuya), qui, libéré des contraintes de l’adaptation (et des attentes des fans), décuple tout ce qui faisait la particularité des films précédents dans un spectacle totalement décomplexé et personnel.

Cauchemar

Un des partis pris esthétique de Sucker Punch donne dans une fascinante ambiguïté à travers l’image sexy de ses héroïnes. Le film s’ouvre sur une magistrale et traumatisante séquence sans parole où notre héroïne Baby Doll est victime d’un inceste par son beau-père. En essayant de se venger et de sauver sa sœur du même sort, elle tue accidentellement celle ci et finit donc internée en asile psychiatrique. Menacée d’une lobotomie imminente à la fin de la semaine, l’héroïne transforme mentalement l’environnement de l’asile en maison close où les pensionnaires arborent en permanence les tenues les plus affriolantes. Le film exprime ainsi une schizophrénie entre séduction racoleuse et peur du sexe qui est finalement le propre du fonctionnement d’une adolescente en quête d’identité, autant effrayée qu’attirée par la chose. Dans la réalité du bordel, la lobotomie est donc remplacée par une autre pénétration intime et traumatique avec l’arrivée du mystérieux High Roller destiné à déflorer Baby Doll (Emily Browning).

Cette peur se manifeste également par la vision cauchemardesque de toutes les figures masculines du film, plus libidineuse, répugnantes et sournoises les unes que les autres – notamment un fabuleux Oscar Isaac en méchant. Le seul homme de confiance est forcément le plus asexué, à savoir Le Sage, incarné par Scott Glenn, guide spirituel zen guidant Baby Doll dans sa tentative d’évasion. Ces frayeurs ancrent la réalité dans une tonalité de conte cauchemardesque parsemé de symboles tels ce bouton de chemise de nuit prenant des proportions gigantesques en retombant au sol pour signifier l’innocence bafouée de Baby Doll.

Fantasmes

Sucker Punch fait fortement penser au récent Inception de Christopher Nolan, Snyder troquant son jeu narratif ludique avec le spectateur (ceux qui n’aiment pas diront le sur explicatif) pour un vrai grand huit où tout passe avec brio par l’image. Le film s’orne donc d’un second niveau narratif (celui sur lequel est vendu le film), où se manifestent de manière spectaculaire les manœuvres des héroïnes pour acquérir les outils nécessaires à leur évasion. Comme en réponse à leur fragilité et à leurs peurs des hommes du premier niveau, elles deviennent ici des combattantes redoutables décimant des armées, créatures et combattants hors normes au cours de leurs différentes missions. Le scénario lorgne largement sur la trilogie de l’imaginaire de Terry Gilliam (Time Bandits, Brazil et Munchausen), notamment lors de l’apparition de samouraïs titanesques ou de la fin quasi identique à l’un des trois films. La manière d’agencer des éléments de décor du réel dans ce monde extravagant évoque Gilliam mais Snyder trouve finalement sa propre voie dans une structure bien plus complexe qu’elle n’en a l’air.

La bande son constitue notre guide à travers les différentes réalités, telle cette relecture du Sweet Dreams de Eurythmics en ouverture, dont les paroles donnent d’office toutes les clés des enjeux. Chaque étape est ainsi accompagnée d’un morceau correspondant à l’état d’esprit des héroïnes et de l’objet à dérober. Une mélancolique Where is my mind revisitée et une sauvage Army of me de Bjork exprime tour à tour le désespoir puis la mise en confiance de Baby Doll. Search and destroy des Stooges (ici au féminin) irradie la séquence la plus survoltée dans une incandescente atmosphère fantasy et Tomorrow never knows des Beatles (toujours reprise dans ce format techno pop agressif au féminin) exprime elle le point d’interrogation de l’ultime assaut.

Snyder n’a cure d’une quelconque « crédibilité » dans l’agencement de ses différents éléments, seule compte la cohérence interne du récit. Les mondes rêvés relèvent donc autant de la psychologie de Baby Doll que de l’imaginaire du cinéaste, qui mélange les influences de manière jubilatoire. Le steam punk croise ainsi le jeu vidéo, la fantasy et la science-fiction pour une série de tableaux saisissants : un mécha décimant des avions de la Seconde Guerre Mondiale, l’apparition flamboyante d’un dragon, des affrontements au sabre furieux. On n’avait pas vu scènes d’actions aussi extravagantes et décomplexées depuis les Matrix et pour un budget bien inférieur, Sucker Punch en remontre à des blockbusters récents insipides comme Prince of Persia. Les tics habituels de Snyder, tout en ralentis/accélérés dynamisent brillamment les morceaux de bravoure, sans confusion et avec une belle science du cadrage. Les héroïnes étalent leur sex apeal non plus comme un poids les plaçant sous le désir menaçant des hommes mais en amazones fières de leurs force, féminité et innocence (voir le « bunny » dessiné sur le mécha destructeur piloté par Jamie Chung).

Réel

L’un des leitmotivs de la filmographie de Snyder est l’affirmation de soi au combat, le plus significatif étant bien sûr les spartiates défenseur de la patrie dans 300. Dans Sucker Punch, plus que l’évasion à réussir le combat est avant tout intérieur. Combat sous-jacent pour l’affirmation de sa féminité et sa sexualité et plus manifeste pour faire face à une rongeante culpabilité. Pour Baby Doll, sa source nous est présentée d’emblée et sera dévoilée de manière progressive dans la belle relation des sœurs Sweet Peat (Abbie Cornish) et Rocket (Jena Malone, méconnaissable en blonde coupée court). Le trio d’actrices est particulièrement convaincant, dévoilant de vraies nuances et amenant une vraie empathie sous l’avalanche d’action (Vanessa « High School Musical » Hudgens et Jamie Chung sont nettement moins convaincantes et plus en retrait). La force engrangée dans leur monde intérieur va leur permettre de faire face aux souffrances de la réalité.

Sacrifice et rédemption se côtoient donc dans un climax poignant dont la teneur intimiste surprend après la frénésie qui a précédé. Snyder réalise là son film le plus « total » et personnel avec ce Sucker Punch qui devrait diviser par ses choix extrêmes et le sentiment de trop plein qui s’en dégage. C’est également une forme d’aboutissement pour le réalisateur, qui devrait logiquement aborder son futur Superman d’une inspiration nouvelle.

Titre original : Sucker Punch

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