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Rue Cases-Nègres

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Réalisé par Euzhan Palcy en 1983, « Rue Cases-Nègres » est devenu un classique. Dans la Martinique des années 30, il est question d’enfance et d’éducation. Dans une plantation ou ailleurs, l’école demeure un facteur d’égalité sociale. Un message véhiculé avec une émotion simple et épurée.

Rivière-Salée, gouvernorat de Martinique, 1930. José, 11 ans, vit dans la rue Cases-Nègres avec sa grand-mère M’an Tine. Avec ses amis, quand les adultes partent pour la plantation, ils prennent le pouvoir et deviennent les rois de la rue. Mais bientôt arrive le moment de prendre le chemin de l’école, l’élève José est doué et sa grand-mère est prête à tous les sacrifices pour lui permettre de réussir.

Rue Cases-Nègres, c’est d’abord un contexte socio-politique. Après des siècles d’esclavage et une quinzaine d’années avant que la Martinique ne devienne officiellement un département français, les Martiniquais sont libres mais sont toujours autant exploités. L’éducation, comme le rappelle Euzhan Palcy dans sa mise en scène, est un moyen d’acquérir une nouvelle fois sa liberté quand on est noir. Dans la classe de José, le maître l’écrit en toutes lettres au tableau. La scène, rajoutée par la cinéaste française, n’existait pas dans l’œuvre littéraire La Rue Cases-Nègres (Editions Présence Africaine) de Joseph Zobel dont le film est l’adaptation. Dans une société, où la couleur de la peau est déterminante – les Blancs sont mieux lotis que les mulâtres (nés de parents noirs et blancs) qui sont eux-mêmes en meilleure posture que les Noirs-, l’éducation s’avère être un sésame pour prétendre exister socialement.

Rue Cases-Nègres, c’est ensuite une communauté de destin. Du moins pour la plupart de ces ouvriers agricoles, dont les enfants n’ont souvent d’autre horizon que la même plantation de canne à sucre que leurs parents. Mais c’est sans compter la volonté de M’an Tine. Même quand leurs bêtises successives contraignent les petits chenapans à rejoindre leurs aînés dans les plantations, la grand-mère de José ne veut pas qu’il touche un pied de canne. Enfin, Rue Cases-Nègres évoque la transmission d’un patrimoine historique et culturel. Notamment par le biais de Médouze, incarné par le grand acteur sénégalais Douta Seck. Le vieil homme et ses contes sont un lieu ténu entre le petit José et ses ancêtres africains.

Euzhan Palcy distille les singularités qui entourent l’enfance de José pour mieux raconter les peurs, les chagrins et les espoirs d’un petit garçon comme les autres. La contrariété qui le gagne quand il est privé de jeu avant la reprise des cours par la personne à qui sa grand-mère l’a confié, la colère qui le tenaille quand son instituteur doute de ses capacités intellectuelles et enfin l’angoisse que sa seule parente ne disparaisse, comme sa mère. Simple et efficace, le propos de la jeune réalisatrice d’alors, qui des années plus tard sera saluée par Hollywood où elle réalisera Une saison blanche et sèche (1989), prend une dimension universelle. Rue Cases-Nègres est un instantané de la Martinique des années 30 qui semble, malheureusement, toujours d’actualité. Les inégalités – une société où le pouvoir reste encore aux mains des descendants des colons (les Békés) dénoncées par le mouvement LKP (Collectif contre l’exploitation outrancière)  en Guadeloupe et qui a eu des échos dans les Antilles françaises en 2009  -, ne se sont pas résorbées.

Rue Cases-Nègres est un aperçu rare –  trop rare dans le cinéma français – de la société antillaise, salué à travers le monde, dont l’acuité reste aussi vivace qu’il y a 27 ans, au moment de sa sortie. Beaucoup souhaitaient le revoir au cinéma. Leur souhait est exaucé.

Titre original : Rue Cases Nègres

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Durée : 93 mn


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